Le show des 10 ans

« Je remercie l’opposition qui joue courageusement dans des conditions difficiles son rôle d’opposition. Monsieur Diméglio j’ai souvent utilisé vos critiques et il me paraît normal de prendre le meilleur de ce que dit l’opposition.
Si sur certains points nous sommes d’accord, ça ne me dérange pas
»

Déclaration de Georges Frêche reprise dans le Midi-Libre du 13 février 1988

Le show des 10 ans de Frêche à la Mairie
* la revue de Presse dans Midi-Libre
le discours de Willy Diméglio


Quelques extraits d’interventions

 * le budget
 * l’insésurité


Le souci d’informer

  * la revue de Presse dans Midi-Libre
12 février 1988
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Vous allez voir un show exceptionnel, unique…» prédisait Raymond Dugrand avant que ne débute ce conseil municipal. Un conseil extraordinaire. Une première qui faisait monter la fièvre à la mairie.
    Depuis la veille on s’affairait à planter le décor de panneaux résumant ces dix ans de mandat municipal de Georges Frêche. Et sous les projecteurs de cette scène improvisée, le ton montait parfois avec les ‘gradins drapés de bleu sous le grand poster de François Mitterrand.
Dans le coin de l’opposition
   Trois caméras avaient été installées pour diffuser les images de la séance sur un grand écran et une batterie de téléviseurs dressée à l’entrée. On avait vu grand, distribué des centaines d’invitations et prévu la grande foule. Le public vint, mais il n’y eut pas de bousculade aux portes de cette parade municipale. La salle des Rencontres affichait complet, dès 18 h, tandis que l’on mettait un dernier fil aux éclairages, mais le hall restait vide.
    «C’est bien, le décor est bon, la venue du public encourageante. Il aurait fallu aussi inviter les écoles» déclarait Bernard Serrou, chiche de critique et qui s’éclipsa bien vite pour aller à la réunion des «gaullistes sociaux».
    «C‘est grandiose. Je pense que ce sera retransmis demain au journal américain de Canal Plus» ironisait Willy Diméglio, qui avait passé deux jours à éplucher le budget qu’il était venu quérir l’avant-veille. «Je vais voter contre, mais je m’aperçois que Georges Frêche écoute mes conseils. C’est le stop à l’impôt, des dépenses de fonctionnement limitées. Le maire devient libéral...».
    Dans le coin de l’opposition, tournant le dos au grand écran, c’était Vincent Amoros qui était le plus irrité «par le battage fait autour de ce show, et dire que nous n’avons eu les documents qu’hier soir. Comment les examiner quand on travaille dans la journée».
L’Histoire en 17 tableaux
   Vieille critique. Le style de la séance allait lui être nouveau. Après l’appel et le procès-verbal de la séance précédente, c’était la projection d’une vidéo de huit minutes sur les transformations de la ville en une décennie. «Dix ans avec un grand aime»: tout un programme.
   Pochette rouge à la Gillot Pétré, Georges Frêche allait être beaucoup plus loin pour commenter, baguette en main, les ciels sans nuages des cartes: mémoire de ses dix ans de mandat. Dix ans, c’est long à narrer, surtout quand les réalisations ne manquent pas et qu’on fignole dans le détail, de la psychologue nommée dans les crèches, aux 30 millions de voyageurs/an qui prennent les bus, des 35 kilomètres de trottoirs refaits l’an dernier, aux 250.000 plantes repiquées par les jardiniers municipaux, de la télé-alarme pour les vieux à celles du câble aux 25 chaînes. Des écoles refaites, aux cents fontaines qui vont gazouiller dans là ville verte. Du carré d’as des équipes sportives hissées au sommet, à la lanterne rouge pour le poids des impôts. 
   Bref, en 17 tableaux, plus de deux heures de commentaires, un flot de chiffres apportant de l’eau au moulin de Georges Frêche et qui a fini par emporter quelques-uns et l’attention de beaucoup d’autres.
    Les bilans invitent aux sommes hypocrites, l’œil grand ouvert mais éteint. «Ces que nous avons beaucoup à dire» s’excusait Claude Cougnenc, le secrétaire général, en tirant sur sa pipe.

    Alain Barrau, au premier rang, rêvait sans doute d’un tel show à la mairie de Béziers, tandis que, discrète en bout de travée, Claudine Frêche écoutait son professeur de mari qui, par trois fois, a déchaîné les bravos. Pour les footballeurs de La Paillade, contre «Pasqua la tchatche» aux statistiques sur la délinquance «triturés comme des spaghetti», difficiles à digérer pour des commissaires «pris entre l’arbre et les Corses» (orthographe non garantie), et enfin contre les bâtons de Juvignac mis dans les roues de la déviation.
    Et ainsi, de chiffres en panneaux, dans lesquels l’opposition ne voulait point tomber, on en est arrivé au débat budgétaire, avec d’autres chiffres. Encore !
    Mais, au bout de ce marathon qui eût essoufflé Phillipidès, les étrangers d’habitude au conseil municipal n’ont pu être qu’impressionnés. Incontestablement, la ville a beaucoup changé en dix ans. Incontestablement, il y a eu des vents favorables, la, mode du Sud, mais aussi un homme qui ne fait pas dans la demi-mesure. Dans l’adoration des uns comme dans l’adversité .des autres. Il a marqué de sa patte les dix dernières années d’une ville qui fait causer : Montpellier. Non, «Frêchepolis» m’a soufflé un confrère, après que les dix bougies qui avaient fait long feu se soient enfin éteintes.

Raymond ROUSSET

 

  13 février 1988
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Six heures de one man show. One man show? Pas tout à fait. L’opposition, principalement par la voix de Willy Diméglio, les alliés politiques comme le public ont tous joué leurs partitions. Disons donc plutôt un concerto pour piano et orchestre. Au hasard, «L’Empereur»…
    Quand on présente dix années d’action municipale, il y a inévitablement la lourdeur testamentaire et le profil plus aigu de la rampe de lancement. Georges Frêche, qui sur le mode de la conversation courante n’hésite pas à utiliser des expressions du genre «si l’on nous fait confiance jusqu’au siècle prochain…» (2), est candidat aux prochaines municipales. Vous parlez d’un scoop! Mais ce que lui reproche le député du parti républicain, c’est «de lancer la campagne à l’occasion d’une séance publique du conseil. Emporté par l’ivresse des grandes profondeurs vous marchez allègrement sur des formes et des détails» lance Willy Diméglio. Et aujourd’hui vous faites la fête pour faire la fête. Que reste-t-il à un opposant comme moi, à part la vérité et l’humour». La vérité des chiffres méfions-nous car la France est ainsi faite que lorsque un homme brandit des francs constants, il s’en trouve toujours un autre pour brandir des francs courants. Mais pour l’humour, tout le monde est partant, même le public, ce soir très frêchiste, qui retient ses applaudissements… «Vous avez fait des bonnes choses, des moins bonnes et des mauvaises. Il y a dans votre gestion des plus et des moins. Cessez de faire courir cette idée qu’avant vous il n’y avait rien. Montpellier a existé avant vous, avec vous, et existera après vous»…
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    Pour raconter son Georges Frêche à lui, Willy Dimeglio se sent prêt à paraphraser Catherine Nay pour écrire les «7 maires de Montpellier». Il y aurait par exemple un Frêche révolutionnaire (pas maoïste mais presque!), un matraqueur fiscal, un libéral gestionnaire… Bref, après transformations successives, le maire de Montpellier élu en 1977 n’aurait strictement rien à voir avec celui qui va se présenter en 1983, selon le «disciple» de François Delmas. Apprenant ainsi ce qu’il est lui-même devenu Georges Prêche ne peut s’empêcher de lancer au soliste de l’opposition: «Si vous continuez on va finir par faire une liste ensemble». En fait il y a peu de chance. Car Willy Diméglio trouve que Georges Frêche ressemble à une poule. «Une poule qui vient de pondre un œuf et qui en est tellement épatée qu’elle va le dire partout. Mais une poule est faite pour faire des œufs. Et un maire pour faire des réalisations». Traduction: le maire a fait son devoir et il n’a pas besoin de se vanter, surtout qu’il avait l’argent des Montpelliérains pour le faire. «Donnez des milliards de francs à n’importe qui dans cette salle et il en fera quelque chose». Là, Willy, il s’avance un peu quand même…
Les vrais amis
    Du côté des amis politiques, chacun devait dans la logique de sa sensibilité, tourner son compliment au premier magistrat. On pourrait appeler ça, sans pour autant chinoiser, les couches définition. La véritable auto-satisfaction ne pouvant se passer de la satisfaction d’autrui, surtout quand on travaille au bien public. Yves Larbiou, en tant que P.S.U. pour qui «le projet en béton couvrant le Verdanson aurait été peint en vert», y allait donc de son dithyrambe et nous savons maintenant qu’il ne faut pas confondre un autogestionnaire satisfait avec un gestionnaire auto-satisfait. André Lévy remarque que dans tous les milieux «on trouve aujourd’hui des gens fiers de leur ville» et Jean-Claude Biau, pour le P.C., développe l’idée que tout «cela c’est très bien mais il-y-a-encore-du-boulot». André Vézinhet, sur les hauteurs pailladines, ne veut toujours pas être calife à la place du calife (3) remercie le patron et les courageux fonctionnaires territoriaux dont on apprend au passage qu’ils sont mal payés. (Vous parlez d’un deuxième scoop!).
    Dans ses remerciements, Georges Frêche n’oubliera personne. «Entre 1979 et 1981, j’ai connu une certaine traversée du désert. C’est bien comme expérience. On voit tout de suite les mange-merde (sic) et les vrais amis». Les communistes qui en veulent toujours plus, les P.S.U. qui doutent de bonne foi, le M.R.G. qui apporte une partie de l’esprit de Montpellier et le P.S. qui apporte la chaleur, tout le monde trouve grâce ce soir aux yeux du maire. «Je remercie l’opposition qui joue courageusement dans des conditions difficiles son rôle d’opposition. Monsieur Diméglio j’ai souvent utilisé vos critiques et il me paraît normal de prendre le meilleur de ce que dit l’opposition. Si sur certains points nous sommes d’accord, ça ne me dérange pas». (Mais ils vont la faire cette liste, s’ils continuent!).
    Et puisqu’il s’agit d’un bilan, au-delà de sa modeste personne, Georges Frêche désigne les vrais acteurs de la réussite montpelliéraine: une équipe de hauts fonctionnaires qui tient la route et les Montpelliérains eux-mêmes. Et, se tournant vers Willy Dimeglio. «En 1976, j’étais député et j’étais aussi naïf que vous. A propos de je ne sais plus quelle affaire j’ai accusé François Delmas d’être en campagne. Il m’a répondu : Je suis en campagne dès le lendemain de ma dernière élection…Je fais pareil !».
Oh! le beau budget
    Dix ans d’histoire locale, ce n’est pas rien, mais le sujet principal, c’était tout de même le B.P. 1988. Un budget de première classe, le genre de budget dont on rêve à gauche comme à droite, imaginez un peu, des impôts à la baisse et des investissements sensiblement à la hausse avec un auto-financement important. La merveille des merveilles et Jacques Valet, grand trésorier municipal, qui a appris la finance sur le tas, peut suivre les concerts du Zénith la conscience tranquille. «Votre budget, dit Willy Diméglio, c’est un budget libéral et classique. Je vois là une reconversion dont je ne me plains pas. Mais êtes-vous sincère ou est-ce une ruse de sioux pour franchir 1989?»
    La mariée est doc trop belle pour l’opposition et le député du P.R. déniche ça et là quelques prises : une augmentation des dépenses de fonctionnement tout de même égale à deux fois l’inflation (5,5%). Des augmentations exagérées de certains postes ayant trait au train de vie municipal. «Cette année on va communiquer et festoyer dur, dur!» La lourdeur du Corum dans le domaine des grands équipements. Mais point de vrai scandale. Il est vrai que l’opposition n’a eu que deux jours à peine pour étudier la question. Les fameuses «conditions difficiles» dont parle sans doute Georges Frêche…    
    Après avoir lu, comme le veut le règlement, la liste exhaustive des attributions aux associations, Georges Frêche pouvait, passé minuit, lever la séance. La majorité du public ne l’avait pas attendu. Pas par ingratitude, mais parce que ce public-là est largement convaincu que la ville est entre de bonnes mains. Et qu’il n’y a plus beaucoup de grands tribuns pour dire le contraire.

J.-F. BOURGEOT

(1) Lire M.L. d’hier. (2) Ce qui ferait dix ans plus douze ans = 22 ! voilà les flics… municipaux! (3) Sauf évidemment si le calife devient ministre…

* le discours de Willy Diméglio

« Du socialisme aux réalités, il faut un certain temps, un temps qui coûte cher, très cher »
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