L’immigration, ouvrir le dossier

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« Il ne faut pas perdre de vue que l’immigration n’est pas derrière nous, mais devant.
Elle va être un des grands problèmes de l’Europe nouvelle ».
Willy Diméglio – Lattes 12 février 1990 


Immigration : Willy Diméglio ouvre le dossier

Midi-Libre – 12 février 1990

« Ne votez pas pour Diméglio, il n’est pas français!» C’était en 1976 lors de ma première campagne électorale. Cette apostrophe m’avait été lancée par un intellectuel de gauche. C’est vrai, je suis un immigré. Je sais ce que cela veut dire… J’ai payé pour ».
A Lattes, vendredi soir, devant cinq cents personnes, Willy Diméglio ouvre le dossier brûlant de l’immigration. « Un sujet tabou avec des mots que l’on ose à peine prononcer… »
Lui, Diméglio annonce qu’il est bien décidé à fouiller le dossier et à utiliser tous les mots proscrits. Chiffres en main, pendant près de trois heures, il va « tout dire » de l’immigration. Tout dire jusqu’à risquer l’explosion. Ses chiffres, il le précise, lui viennent du ministère de l’Intérieur, de l’I.N.S.E.E. et de l’I.N.E.D. (Institut national d’études démographiques). Exacts ou non, ils sont officiels, les hautes instances nationales n’en possèdent pas d’autres.

Entrées clandestines

ml_12_02_90_1.jpg « Willy est l’un des députés français les mieux informés de ces problèmes », commente Jacques Blanc qui, lui aussi, participe à la réunion.
Et ce sont ces chiffres que Diméglio veut faire parler : « Il y a en France cinq millions d’étrangers possédant un titre de résidents réguliers et un million de clandestins. Montpellier, avec 17 916 immigrés, se trouvait, lors du recensement de 1982, en 13e position. L’afflux s’est poursuivi. Il rentre en France annuellement 120 000 immigrants et pour avoir le compte exact de la présence étrangère, il faut ajouter l’excédent des 80 000 naissances sur les décès des résidents non-français… »
Poursuivant son analyse, Willy Diméglio ajoute : « L’inquiétude vient plus encore des entrées clandestines. La France a 2 970 km de frontières terrestres et 2 700 km de frontières maritimes que franchissent, chaque année, 240 millions de voyageurs. La surveillance est dérisoire ou presque. On vient en touristes. Les pays du Maghreb ont accordé, l’an passé, 800 000 visas. On vient et on ne repart pas. D’autre part, on traverse les Pyrénées ou les Alpes quand on veut, comme l’on veut.»
« Enfin, il y a les demandeurs d’asile: 2 000 en 1973, 60 000 en 1989 (37 % viennent du continent africain). Les clandestins de toutes catégories trouvent des employeurs, tel cet élu communiste du Var qui a fait l’objet de poursuites pour travail noir ou tels autres grands patrons : tunnel sous la Manche, site olympique de Savoie et autres. Cette main-d’œuvre ne coûte pas cher: 20 francs par jour en certains lieux… ».

Pavillon de complaisance

Chiffres à l’appui, Willy Diméglio fait valoir que la criminalité n’est pas étrangère à la mauvaise intégration.

« Il n’en demeure pas moins, ajoute-t-il, que l’on ne doit rien négliger pour réaliser l’intégration des gens qui vivent chez nous et veulent y rester légalement et normalement. Mais il faut aussi que l’immigrant accepte d’être intégré et le veuille véritablement, il ne faut pas se contenter de forcer les portes… Les Chinois s’intègrent fort bien, les Maghrébins très mal. Ces derniers ne peuvent se résoudre à franchir les barrages de leurs impératifs religieux. Ils sont chez nous, mais persévèrent dans leur enfermement moral. Leurs règles, ce n’est pas nos lois, c’est d’abord le coran… Il est donc indispensable qu’ils s’adaptent et qu’ils consentent à s’incliner devant la grande règle des Droits de l’Homme qui, néanmoins, respectent leur identité ».
« L’intégration, c’est aussi l’accueil. Ces immigrés on les a relégués dans des ghettos sordides. Habitation-ghettos, écoles-ghettos. Pourtant, le contribuable a payé des milliards pour que cela change et ces milliards se sont perdus en cours de route. Cela est scandaleux. Des ghettos de ce type, il y en a à Montpellier aussi ».
Pour le député de l’Hérault, tout est clair : « Le laxisme retarde dangereusement l’intégration. Etre immigrant cela ne veut rien dire, c’est un pavillon de complaisance : on est français ou on ne l’est pas. Si l’on devient français, il faut assumer sa nationalité nouvelle et avoir le droit d’être traité comme tel… On ne doit pas perdre de vue que l’immigration n’est pas derrière nous, mais devant. Elle va être l’un des grands problèmes de l’Europe nouvelle ».
Autant de points de vue partagés par les cinq cents auditeurs présents. Démonstration faite par de chaleureux applaudissements.


Evolution de l’immigration

Assemblée Nationale – Question d’actualité – Séance du 21 novembre 1990

Monsieur le Premier Ministre,
Un récent rapport de la Direction de la Population et des Migrations du Ministère des Affaires Sociales, chiffre à 176.480, le nombre d’étrangers entrés en France en 1989.
Les augmentations constatées sont les suivantes
– Travailleurs permanents : + 23 %
– Parents admis au titre du regroupement familial : + 18 %
– Autorisations provisoires de travail : + 61,73 %
– Demandeurs d’asile : + 79,2 %
Bien évidemment, ces chiffres ne prennent pas en compte l’immigration clandestine.
Ces 176.480 étrangers sont pour la plupart allés s’entasser dans les banlieues, dans la périphérie des villes. Là où vivent déjà dans des conditions difficiles, 43 % de nos concitoyens, où se retrouvent l’essentiel des 20 % de jeunes au chômage, là où règnent l’échec scolaire et les exclusions en tous genres. 

    La violence qui éclate de Vaux-en-Vélin à Argenteuil est le signe d’une sécession sociale qui a, par ailleurs, éclaboussé le mouvement lycéen.
La désintégration hante de plus en plus ces univers.
Le Président de la République avait vu juste, lorsqu’il y a presque un an, il annonçait « que le seuil de tolérance avait été atteint ». Désormais, nous sommes bien sur les chemins de l’intolérance.
Vous aussi, Monsieur le Premier Ministre, avez vu juste lorsque le 12 mai dernier, vous écriviez :
« Ne pas parvenir à maîtriser les flux migratoires, aurait pour conséquence de rendre impossible l’intégration harmonieuse des étrangers vivant en situation régulière. »
Vous avez ajouté ici-même :
« Sans intégration réussie, pas d’éradication du racisme. »
Vous avez, Monsieur le Premier Ministre, peut-être été un bon prophète, mais vous êtes un réalisateur inopérant. La suite a montré que vous n’avez pas su vous donner les moyens de maîtriser ce cycle infernal, ou que ceux que vous vous êtes donnés, sont inefficaces.
On a l’impression que vous assistez, impuissant à un événement qui vous dépasse.      Monsieur le Premier Ministre, on ne fait pas une bonne politique uniquement avec de bons sentiments et de beaux discours. Le temps n’est plus de décrire, ou de faire des tables rondes. Le temps est d’agir.
Avez-vous quelque chose de nouveau, de sérieux, à proposer à la France pour éviter la désintégration de sa société ?

Un dialogue méditerranéen pour « repenser » l’immigration

Midi-Libre – 22 novembre 1991<

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A l’initiative du député P.R. de l’Hérault soixante décideurs des deux bords de la Méditerranée vont se rencontrer. Pour un dialogue constructif expurgé des termes « invasion » et « occupation »…

En politique plus qu’ailleurs le recul a du bon. Depuis qu’il a compris qu’il était vain de s’époumoner dans le débat montpelliérain régenté par Georges Frêche, Willy Diméglio a pris en charge pour le compte du Parti Républicain le dossier explosif de l’immigration. Ce travail de fond mené depuis deux ans va trouver un premier aboutissement avec le « dialogue méditerranéen » de Toulon, les 30 novembre et 1er décembre, sous-titré audacieusement « pour réussir ensemble ». Une volonté « angélique », pas vraiment dans l’air du temps, qui démarque sérieusement sur la question les amis de François Léotard de leurs leaders historiques que sont Valéry Giscard d’Estaing et Michel Poniatowski. Tous deux auteurs de mots troublants, forgés sur l’enclume électorale et au feu de l’exaspération populaire.
Le regard au-delà de la ligne sombre des urnes Willy Diméglio a donc préféré prendre son bâton de pèlerin pour aller rencontrer les principaux dirigeants des pays du Maghreb ( présidents, ministres, universitaires et chefs d’entreprise ) afin de bâtir son « projet méditerranéen ». Les deux volumineux rapports qui le résument serviront de base à la discussion de Toulon. Et probablement de cible aux boutefeux. « Car aujourd’hui, écrit le député de l’Hérault, le débat est totalement faussé. Le simple fait de parler de communauté euro-maghrébine, de coopération ou de new-deal méditerranéen jette la suspicion sur l’auteur des propos. Pourtant nos intérêts sont clairs : de ce côté-ci de la mer on veut endiguer l’immigration et de l’autre sortir du sous-développement. »
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Un marché commun européen
On entend déjà les cris d’étranglement: « Comment, on supporte les Arabes ici et en plus il faudrait les aider chez eux ! » Exact, répond en substance Willy Diméglio qui ne nie pas les difficultés actuelles de cohabitation et reconnaît l’urgence de mesures fermes, mais il faut voir plus loin. A l’appui de cette affirmation qui déroute souvent les auditoires sur la défensive de ses conférences, il assène quelques chiffres détonants
« L’Union du Maghreb Arabe (U.M.A), créée en 1989 par le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie, compte actuellement plus de 64 millions d’habitants. Il y en aura 126 millions en 2025. La croissance démographique, durant cette période, sera de 60 % pour l’Algérie contre 3,3% pour la France! Mais déjà 20 à 25% de la population active de l’ensemble est au chômage ou en situation de sous-emploi. Il faudrait donc créer six millions d’emplois dans les dix ans pour stabiliser le niveau actuel. Inutile de préciser que, seuls, ces pays n’y parviendront pas. Ils sont très mal partis quand on sait que la France arrive péniblement à créer 150 000 000 emplois par an… ».
Tout l’intérêt du projet méditerranéen réside donc dans le caractère européen de la thérapeutique proposée. Basée sur la mise en place de structures légères de concertation et de coopération. Pour la rive nord ce serait le Conseil Euro-Méditerrranéen (C.E.M.) regroupant L’Espagne, l’Italie, la Grèce et la France.
« Aucune instance n’existe au sein de la C.E.E. pour les nations du Sud et c’est ainsi que les problèmes de pêche entre Espagnols et Français se règlent de manière navrante à Bruxelles ! Avec ce C.E.M. d’un côté et l’U.M.A., pour les pays du Maghreb de l’autre, on parviendra à impulser des dynamiques régionales. Lesquelles pourront s’épauler mutuellement et se renforcer dans le cadre du C.O.M.O., le Conseil d’Orientation de la Méditerranée Occidentale qui serait le véritable bureau d’études de cette zone. »
Ce cadre institutionnel ne risque-t-il pas d’être une nouvelle coquille vide ramassée sur la plage des bonnes intentions? Le « Monsieur Immigration » du P.R s’en défend évoquant les axes d’action concrets qui seront discutés à Toulon. Avec priorité à la culture et au développement économique.
« Si c’était à refaire avouait Jean Monnet à propos de l’Europe je commencerais par la culture ». Il faut en tirer la leçon et mettre en place les outils qui permettront de gommer les incompréhensions. Cela signifie pour la télévision renoncer aux envois massifs de programmes européens à l’état brut qui accentuent aux yeux des Maghrébins tout ce qui nous sépare (niveau de vie, moeurs, etc…). La création d’un canal mixte « Télé-Méditerranée » mettrait au contraire en évidence nos liens. Dans le domaine de l’enseignement il y a également un gigantesque effort de cohérence à faire. Non seulement la France ne parvient pas à répondre à la demande de l’Algérie, de la Tunisie ou du Maroc qui souhaitent des professeurs français mais par le biais d’un système pervers nous détournons les meilleurs enseignants Maghrébins. Ils viennent occuper les postes vacants de professeurs dans les lycées de l’Hexagone. Sait-on que sur 45 000 maîtres-auxilliaires, on est allé en chercher 4 500 de l’autre côté ? ! »

Délocalisation : l’exemple de Fiat
A cette première remise en question culturelle qui doit impérativement s’accompagner sur l’autre rive d’une modernisation de l’Islam viendrait se greffer une authentique stratégie de développement. Avec deux pistes de travail parmi tant d’autres : la création d’une banque calquée sur la BERD (l’établissement destiné à la reconstruction des pays de l’Est) et la délocalisation industrielle. Derrière cette expression technocratique, se dissimule un formidable défi économico-humanitaire que les Japonais et les Américains ont déjà entrepris pour faire décoller leur Sud respectif – l’Asie du Sud-Est et l’Amérique Latine – contenant ainsi un déferlement ingérable d’immigrés. « Pour moi, affirme Willy Diméglio, régler le problème de l’immigration consiste d’abord à régler celui de l’émigration. Il faut fixer les populations sur place car jamais nous ne parviendrons à une solution satisfaisante sur notre territoire. L’Italie vient de donner l’exemple avec Fiat en créant une usine en Algérie qui commence à produire 40 000 véhicules par an. La délocalisation dans ce cas est efficace; ce ne doit pas être un simple transfert de la partie la plus archaïque et la plus polluante de notre tissu industriel… ».
Le développement mutuel plutôt que le rejet démagogique, voilà l’autre façon de repenser l’immigration. Que ça vienne d’un Pied-Noir n’est pas le moindre des paradoxes et ajoute à la crédibilité. « L’alternative est simple, conclut-il : ou les richesses vont aller aux hommes ou les hommes viendront aux richesses. Moi je suis convaincu que l’Europe doit renoncer à cultiver sa névrose de forteresse assiégée ! » Névrose ? L’auteur des cinquante mesures du Front National sur l’immigration peut aller retirer son ordonnance… Alain PLOMBAT

« LA REPONSE A L’IMMIGRATION »
Willy DIMEGLIO ET LE PARTENARIAT ECONOMIQUE AVEC LE MAGHREB

Midi-Libre Ressources no 20 (15 au 21 novembre 1994)

Le 31 octobre, une soixantaine de pays ont participé au sommet de Casablanca avec pour objectif le réveil économique de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Une initiative qui va dans le sens du « projet méditerranéen » que défend depuis longtemps – parfois contre son propre camp – le député UDF de l’Hérault Willy Diméglio. A tel point qu’Edouard Balladur lui a confié, début 1994, la rédaction d’un rapport (1) sur ce sujet sensible. Dans la foulée de ce sommet, Willy Diméglio revient sur l’enjeu, pour les deux rives de la Méditerranée, de ce nouveau partenariat et explique la nécessité pour l’Union européenne d’en finir avec sa « névrose de forteresse assiégée ».

Le décollage économique des pays du Maghreb – Algérie, Maroc, Tunisie – est selon vous le seul moyen de freiner l’immigration et de contenir la déferlante islamiste. Le sommet de Casablanca se situe-t-il dans cette perspective?
Willy Diméglio : Totalement. C’est pour moi un jour historique! Depuis dix ans je m’intéresse au problème. Mais ma réflexion s’est intensifiée en 1989, date de la chute du mur de Berlin et du début de ce que j’appelle le tournoi intercontinental entre l’Amérique du Nord et son alliée l’Amérique du Sud, le Sud-Est asiatique et son fantastique voisin là Chine et une troisième équipe, la nôtre, formée de l’Europe et l’Afrique. J’ai aussitôt pensé que l’Europe commettrait un péché mortel si elle se désintéressait de son Est et de son Sud. Depuis, je me bats pour que l’on essaie d’imaginer l’ensemble « euro-méditerranéen » avec, d’une part, les actuels membres de l’Union européenne et les éventuels prétendants, soit 22 pays et, d’autre part, «l’arc méditerranéen ».
Il y a 200 millions de personnes au Sud, de Casablanca à Ankara et dans vingt ans il y en aura 330 millions ! Il faut rapidement songer à la manière et aux moyens de vivifier cet ensemble. C’était tout le débat de Casablanca.

Dans votre rapport vous formulez plusieurs propositions pour accroître cette coopération qui ne doit plus se réduire à de l’assistanat. Quelles sont les plus urgentes ?
Willy Diméglio
: La priorité, c’est d’activer Bruxelles ! Le processus s’engage bien, même si à Casablanca nous avons été en retrait des Américains qui n’ont fait que mettre la cerise sur le gâteau. Le même jour en effet, au Luxembourg, 22 ministres des Affaires étrangères européens ont débloqué 46 milliards de F pour les pays d’Europe centrale et orientale, tandis qu’à Bruxelles, le « rapport Marin » dégageait 36 autres milliards pour le Sud.
Enfin simultanément, à Tunis, se tenait la conférence de tous les ministres de l’Environnement de la Méditerranée pour la dépollution, la gestion du littoral, etc. C’est pourquoi je qualifie ce 31 octobre d’historique !
Pour moi les 330 millions d’habitants de l’arc méditerranéen deviendront de formidables consommateurs si nous sommes capables de faire augmenter leur niveau de vie ! Plus ils s’enrichiront, plus ils nous enrichiront. A Casablanca, 60 milliards de francs de projets ont été mis sur la table! Cela représente des chantiers pour 30 ans dont un, notamment, qui peut tout faire exploser : la gestion de l’eau. Un formidable bras de fer économique se joue dans la région !

En plus de ces mesures générales vous insistez sur le rôle des entreprises. La délocalisation constitue une de vos pistes. Avec 3,5 millions chômeurs en France n’est-ce pas irresponsable ?
Willy Diméglio
: Prenons l’exemple de l’entreprise Rousseau, premier fabricant français de chemises moyenne et haut de gamme, que j’ai étudiée. Elle sortait des chemises à environ 100 F et a vu tout d’un coup arriver des produits concurrentiels à 80 F. Rousseau aurait pu se contenter de dire « aidez-moi » ; on l’aurait fait mais au bout de deux ans c’était la mort. Cette société a choisi une seconde stratégie qui consiste à dire l’entreprise n’est plus « une ».
C’est un ensemble d’éléments et le rôle du patron est de déplacer ces éléments pour que l’ensemble puisse vivre. Ils ont donc gardé la création et le commercial en France et transplanté la production au Maroc avec des coûts de fabrication qui font sortir la chemise à 60 F. Aujourd’hui sur 840 personnes, 410 sont au Maroc et les autres en France.

Il n’en demeure pas moins, avec ce principe, que des emplois disparaîtront peu à peu du pays?
Willy Diméglio
: Bien sûr, on peut faire cette analyse. Mais moi je dis que si le chef d’entreprise n’avait pas mis 400 emplois là-bas, il perdait tout ici. Et à partir du moment où il ne meurt pas, ceux qui fabriquent le drap dans le Nord, les boutons en Auvergne le fil ou le carton d’emballage pourront maintenir et développer les emplois dans nos régions.

A moins qu’ils ne suivent la même logique…
Willy Diméglio
: Si l’alternative c’est ça ou mourir, il faut le faire. Les Japonais appliquent depuis longtemps ce système dans le Sud-Est asiatique. Ce ne sont pas les hommes qui se déplacent mais les usines. On est dans une compétition mondiale et, sauf à dire « on ferme toutes les frontières et on vit comme l’Albanie », il faut établir ce type de partenariat. Si l’on parvient à créer des consommateurs de l’autre côté de la Méditerranée, ils viendront nous acheter des produits, plus sophistiqués, qu’ils ne peuvent pas se payer aujourd’hui. Nous sommes condamnés à innover, à développer la recherche industrielle, si nous voulons gagner.

L’un des paradoxes qui découle de votre rapport c’est que si la France reste le premier client et le premier fournisseur du Maghreb, le Languedoc- Roussillon ne fait que la figuration…
Willy Diméglio : Nous payons une absence de stratégie ! Le jour où l’on fera un premier scanner du tissu des PME de cette région et un second, identique, au Maroc, en Tunisie et en Algérie – quand le climat de confiance sera rétabli – on trouvera sûrement là-bas des gens qui ont besoin de notre savoir-faire et des crédits de l’Europe. Dans la région, il faut donc une meilleure vision des cibles et un meilleur accompagnement de nos PME-PMI. Théoriquement, au départ, ça relève des Chambres de commerce. Ensuite ça peut relever des politiques à condition que l’on n’assiste pas à un «moulinage» désordonné.
Pour ma part, je me bats pour qu’en 1995 la grande rencontre euro-méditerranéenne, avec les 22 pays de l’Europe plus ceux de l’autre rive, se déroule à Montpellier.
Enfin, je plaide pour que les trois pays latins – La France, l’Italie et l’Espagne – qui vont successivement assurer la présidence de la Communauté le fassent en commun et profitent de ces dix-huit mois pour ancrer définitivement l’Europe dans la Méditerranée.
Interview : O. CLERC et A. PLOMBAT

(1) « Les conditions d’un partenariat industriel entre la France et les pays du Maghreb, la France et les pays d’Europe centrale et orientale. »

Conférence internationale – Fondation Konrad Adenauer
Problèmes migratoires en région méditerranéenne, Tunis 1er – 2 novembre 1996

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Et si on en parlait loyalement, sérieusement sereinement ?



AVANT – PROPOS

L’immigration : en fait la présence d’une population étrangère et d’origine étrangère suscite depuis 20 ans débats et controverses. Loin d’être fructueux et de constituer un exercice normal dans une démocratie, ceux-ci sont souvent faussés par une méconnaissance des réalités. Les propositions sont décalées. Elles se limitent souvent à des déclarations de principe.

Depuis 20 ans, les politiques d’intégration se succèdent, les rapports s’accumulent. Depuis 20 ans, on ne cesse de nous répéter « ce qu’il faut faire » ou ce « qu’il faudrait faire » pour maîtriser une immigration dont on annonçait l’arrêt définitif en 1974.

    Depuis 20 ans que ce dossier a pris de l’ampleur, générant tout à la fois exaspération, extrémisme et démission, la majorité des français a l’impression que la sémantique a servi de refuge à la politique.
Assimilation, intégration, acculturation, multi-culturisme, droit à la différence, droit à l’indifférence, les mots s’entrechoquent dans un cafouillage dont l’action politique est la principale victime.

L’immigration est un des sujets sur lequel règne la plus grande confusion.
– confusion des chiffres ;
– confusion des mots ;
– confusion des réalités culturelles et sociales ;
– confusion des situations nationales.

Aujourd’hui, le décalage est devenu effarant entre des « élites » qui dissertent sur le mélange des peuples, la genèse des nations ou les migrations planétaires, et des millions de gens qui sont aux prises avec les plus quotidiennes réalités et se sentent incompris, ignorés, délaissés.

On ne peut impunément raconter à un peuple que la pluie ne mouille pas, tôt ou tard, il en vient à perdre confiance dans son élite et à fantasmer sur les évidences niées.

Comment s’étonner que l’électorat s’impatiente et choisisse le vote protestataire ou l’abstention.

Les problèmes que recouvrent l’immigration n’ont pas fini de faire des ravages. Il est urgent d’aborder ce dossier loyalement, sereinement, sérieusement.

II importe d’abord de parler vrai, de parler juste et de voir clair .

                                                                            Willy DIMEGLIO

QUELQUES THEMES DE TRAVAIL
L’immigré n’est pas un statut, on est citoyen ou étranger.
L’immigration est en effet un état passager, à la différence des touristes ou des voyages d’affaires. Elle suppose une durée, un projet d’installation, même provisoire, et si cette installation se prolonge, une intégration, un enracinement se produit.

L’intégration
Si l’on continue à parler après plusieurs générations d’immigrés, bien que les enfants aient acquis la nationalité de façon normale par le jus soli, c’est que l’intégration fonctionne mal et que l’on s’oriente vers une société plus éclatée à base de communautés fondées sur l’ethnicité.

L’intégration n’est pas une démarche à sens unique. Ce n’est pas seulement le mouvement de ceux qui accueillent. Ce doit être aussi le mouvement de ceux qui demandent l’accueil. Il y a effort des deux côtés. On n’est pas intégré : on s’intègre.

II est plus aisé d’intégrer les riches que les pauvres, les instruits que les incultes. Or l’immigration actuelle est une injection massive de pauvreté matérielle et culturelle. Les solidarités communautaires sont souvent la seule défense de ces gens démunis. On ne peut pas le leur reprocher. Raison de plus pour marquer très fortement l’objectif, et leur montrer que leurs enfants du moins, dans l’école et par elle, peuvent commencer l’aventure de l’intégration.

On ne s’intègre à la société française que si l’on accepte quelque chose de très profond en elle : le souci de l’unité. On ne s’y intègre pas par « communauté » interposée.

L’intégration n’est pas essentiellement une question juridique. C’est une affaire de moeurs. La question n’est pas, en effet, de conduire les immigrés à prendre leur place dans une France réduite aux droits de l’homme : à ce compte, ils pourraient aussi bien devenir citoyen en Suisse. Pour qu’ils soient français en même temps que citoyens, il faut qu’ils prennent notre histoire au vol, partagent notre passé pour partager notre avenir. « Apprendre la démocratie » ne suffira pas. Il faut apprendre à entrer dans le « démos » français. Ce n’est pas la même chose et ce n’est pas aussi facile. Mais comment le leur apprendre si nous le désapprenons nous-mêmes ?

Nous ne perfectionnerons pas notre démocratie en oubliant que nous avons une ligne à tracer qui ne se définit pas seulement par le mot de démocratie. Nous avons une industrie à moderniser, une économie d’Etat à démanteler, une éducation à refaire, des immigrés è assimiler, une exigence morale à retrouver. C’est en travaillant à tout cela que nous rendrons un sens à la vie publique, à l’engagement politique – et finalement à la démocratie.

Les facteurs d’exclusions
Au cours de ces dernières années, nous avons perdu un temps précieux en confondant le symptôme ; la montée des idées et des forces de l’extrême droite avec la maladie que constitue une situation d’exclusion pour un nombre croissant de nos concitoyens, une société inégalitaire qui se forme sous nos yeux.

Les trois grands fléaux que nous devons combattre :
– l’exclusion à l’école,
– l’exclusion dans le logement,
– l’exclusion dans l’emploi et la formation

Le phénomène de l’exclusion concerne certes les étrangers, les Beurs, les Harkis, mais aussi un nombre croissant de français.

La politique globale de lutte contre les exclusions doit s’inscrire de plus en plus dans les règles du droit commun. Il faut faire disparaître les procédures spécifiques. L’intégration n’est pas l’assistance.

La politique des villes
C’est en général dans les cités de la périphérie, dans les HLM, dans les quartiers délabrés des centres-villes , dans cette France en situation difficile, peuplée d’exclus, que s’est nourrie l’exaspération, à force d’impossible cohabitation entre communautés, de mal vivre dans un environnement délabré et d’incompréhension des privilèges.

10 QUESTIONS SUR 10 REFLEXIONS

 

    Identifiez les auteurs de ces phrases. Réponses à la fin des citations.

1 – La révolution française a fait de notre nation, avant tout l’expression d’une volonté de vivre ensemble.
La loi, dit l’article 6 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, est l’expression de la volonté générale. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse.
Cette conception de la nation a permis de faire coexister les particularismes dans un même statut juridique, celui du citoyen avec ses droits et ses devoirs.

2 – Les intégrations successives des Belges, Italiens, Polonais, Espagnols, nous les devons à la force des valeurs républicaines, à notre conception laïque de l’Etat. Ces valeurs n’auraient pu cependant jouer ce râle, sans l’existence d’institutions comme l’école et la conscription, sans le rôle des églises, sans l’action des partis politiques et des syndicats.

3 – Nous ne pourrons réussir l’intégration des étrangers qu’à condition de réussir celle des français exclus ou marginalisés. C’est contre toutes les exclusions que nous devons lutter. Celles qui frappent les français en situation difficile ne sont pas moins graves ou moins prioritaires que celles qui affectent des étrangers.

4 – Le fait majeur est que la France n’est plus une terre d’immigration. Nous ne pouvons plus recevoir un flux massif et incontrôlé d’immigrés, sans que cela n’hypothèque gravement, d’abord l’équilibre social de la nation, ensuite les chances d’intégration des étrangers installés, enfin l’avenir même des nouvelles vagues d’arrivants, d’où qu’ils viennent

5 – Nous sommes également à la veille, si nous n’y prenons garde, d’une nouvelle vague massive venant d’un Sud plus lointain, d’un Est plus incertain, et je le dis clairement : cette vague doit être endiguée, cela par tous les moyens qui soient à la fois raisonnables, efficaces, en conjuguant l’aide au tiers mande sous toutes ses formes et une maîtrise renforcée de nos frontières et de celles de la communauté européenne.

6 – Dans les années 80, la pauvreté s’est installée durablement, le tissu social a continué à se déchirer. Les causes profondes ne résident pas dans l’immigration, mais dans les choix de gestion gui ont mis en place une France à « deux vitesses ».

7 – Le traitement social de la crise, pour généreux qu’il puisse paraître, a ossifié les inégalités. La baisse du niveau de vie, les formes de partage du travail, l’envahissement de la précarité, les petits boulots sont autant d’éléments structurants de la marginalité. La classe ouvrière a chèrement payé cette politique, sans que justice lui soit rendue.

8 – Que l’application du jus soli à tous les enfants de l’immigration puisse poser un problème, à quoi bon le nier ? l’opinion comprend mal que l’on devienne français sans le demander, sans le savoir où même sans le vouloir, ,elle s’étonne que l’on puisse acquérir une seconde nationalité tout en conservant celle de ses parents, qu’il n’existe pas une obligation de choix entre plusieurs parties possible. Lorsque les téléspectateurs entendent un jeune Beur expliquer qu’il se considère comme français, mais qu’il a choisi de faire son service militaire en Algérie, alors ils sont véritablement indignés et cette réaction n’a rien à voir avec le racisme.

9 – Facile de se déclarer anti-raciste quand on est médecin ou ingénieur dans ces quartiers préservés et sans contact avec les immigrés, mais il faut vivre la condition ouvrière, partager les mêmes cages d’escalier pour comprendre. Ce qui est baptisé très vite racisme est surtout le fruit de la peur, de l’ignorance des réalités, la peur de perdre son emploi, sa sécurité, sa culture, son identité nationale ; plus on est démuni, plus on est vulnérable.

10 – « L’intégration implique un effort réciproque ». Les populations maghrébines ne trouveront jamais en face d’elles une France musulmane prête à les accueillir. C’est dans une France française qu’elles devront conquérir leur place, et cela n’ira pas sans traumatismes, sans efforts et sans obligations. A la différence de la simple nationalité, la condition française se mérite et se gagne, pour les français comme pour les étrangers.

Réponses : 1 – Rocard 2 – Rocard 3 – Rocard 4 – Rocard 5 – Rocard 6 – Asenci (PC) 7 – Asenci 8 – De Closets 9 – Responsable CFDT Usinor Thionville 10 – Michel Hannoun

 EUROPE et MAGHREB

 

    L’Europe, et non seulement l’Europe méditerranéenne, doit s’intéresser au Maghreb.
Les rapports actuels MAGHREB / EUROPE : insuffisance, asymétrie, déséquilibre, voilà leurs caractéristiques.
L’importance des partenaires est inégale.
– le P.I.B. des douze de la C.E.E. est environ 100 fois plus important que celui de tout le Maghreb,
– il y a par ailleurs un état de dépendance total :
* 66% du commerce extérieur du Maghreb se fait avec la C.E.E.,
* 75% avec l’ensemble de l’Europe, * 80% avec le monde occidental,
* 20% avec le reste du monde, * de l’autre côté, le Maghreb ne représente que 1 à 2% du commerce extérieur de la C.E.E.
* les exportations de produits manufacturés de la C.E.E. vers le Maghreb sont en moyenne 7 fois plus importantes que celles du Maghreb vers la C.E.E.,
* en 1986, le Maghreb a acheté pour 1,57 milliards d’écus de produits agricoles à l’Europe et il ne lui a vendu que 0,534 millions d’écus,
* la dette extérieure des pays du Maghreb : 47 milliards de dollars ,
* en 1988, seulement 5% des investissements européens allaient au Maghreb,
* les 4 pays du Nord de la méditerranée (France, Italie, Espagne, Portugal) ont un Produit National Brut de l’ordre de 1.600 milliards de dollars,
* les 3 pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) ont un P.N.B. de 90 milliards de dollars.
Tout cela prouve l’interdépendance et le déséquilibre qui existent entre le Nord et le Sud de la méditerranée, une interdépendance qui se trouve renforcée par les liens sociaux qu’expliqué la présence, en Europe, d’environ 2 millions de maghrébins.
Cette interdépendance fait que la sécurité et la prospérité de l’Europe ne peuvent s’accommoder de l’insécurité et du sous-développement de la région méditerranéenne méridionale.
C’est à la faveur d’une paix réelle, d’un développement économique et social global dans cette région que l’Europe peut garantir sa sécurité, développer sa prospérité et son expansion économique.
Le 17 février 1989, l’U.M.A. (Union du Maghreb Arabe) est née à Marrakech. Elle a été conçue comme un espace homogène dans lequel devrait être progressivement garantie une série de libertés fondamentales : libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux.
Cet ensemble pourrait et devrait entretenir avec notre Communauté des relations multidimensionnelles fondées sur une communauté d’intérêt et un véritable dialogue de civilisation .
L’Europe et le Maghreb ne peuvent pas, sans danger, continuer d’évoluer dans des directions divergentes. La première, en accentuant son développement, sa prospérité, et par voie de conséquence nécessaire, son expansion et sa domination, et le Maghreb, en continuant soit à faire du surplace, soit à évoluer à un rythme insuffisant, maintenant une très grande partie de sa population de plus en plus importante, de plus en plus jeune vu le taux de croissance démographique, dans le chômage et le besoin.
La partie se gagnera ou se perdra sur le terrain économique et social et notamment dans le domaine de. la population et de l’emploi qui est le domaine central et qui résume tous les enjeux et tous les défis de l’avenir.

Faut-il accroître les aides en direction du Maghreb ?
L’aide publique est déjà importante. Ce qu’il faut, c’est mieux l’affecter. Il faut une transparence. Il faut une aide par objectif.

Faut-il un plan Marshall ?

    L’image n’est pas adaptée. Le plan Marshall fut essentiellement une aide publique, une aide pour la reconstruction. Il ne s’agit pas ici de reconstruire mais de voir de quelles façons les flux financiers privés et les délocalisations industrielles peuvent aider au développement.
C’est de l’intérêt strict des pays européens, notamment d’Europe du Sud, que de favoriser un développement de l’intégration économique méditerranéenne par les moyens de l’investissement et par la délocalisation des activités.
Ce qui est important également, c’est l’accompagnement des investissements, c’est l’accompagnement juridique, les brevets, les marques de fabrique, la législation fiscale, douanière, la création peut-être de zones franches.
II faut apprendre à dépasser le stade étatique, faire appel aux collectivités locales, aux organismes consulaires, aux universités. Il doit y avoir une mobilisation et une sensibilisation de l’opinion publique sur ce projet.

II est temps que la C.E.E., d’une part, les pays du Maghreb de l’autre, définissent clairement leurs intentions, leurs assurances, leurs engagements et les moyens.
Démocratie, transparence, liberté de circulation, respect des droits, doivent être désormais les fondements de nos politiques.