Taïwan

Ce que l'on peut faire avec des cailloux et de la matière grise


  Voyage en 1988      

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Revue de presse

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 LA PERCÉE PHÉNOMÉNALE DE « L'AUTRE » CHINE
   
    Le choc du futur, Willy Diméglio vient de le ressentir en mer de Chine : « début janvier, j'ai eu la chance de participer à une mission d'études à Taïwan; j'en reviens estomaqué par ce que j'ai vu et ce que j'y ai appris. C'est fabuleux ! ».
    Certes Willy Diméglio n'est pas le premier à s'apercevoir qu'un monde nouveau émergeait sur les rives du Pacifique qui bouleverse, désormais, toutes les notions reçues sur les rapports de puissances à l'échelle du globe. Mais alors que l'attention est surtout focalisée sur l'empire du soleil levant, et à un degré moindre, sur la Corée du sud, le député héraultais a constaté, lui, qu'il ne fallait surtout pas mésestimer Taïwan, aujourd'hui 14ème puissance commerciale du monde et 11ème pays exportateur.
    Des « embarras de richesses » !
    Tous les chiffres connus sur la formidable percée de Taïwan « impressionnent : un taux de croissance de 11% en 1987, venant après des taux antérieurs constamment à double chiffre ; une balance commerciale excédentaire l'an dernier de 19 milliards de dollars avec, notamment, 53 milliards réalisés à l'exportation ; des réserves en devises évaluées à 75 milliards de dollars ; un revenu par tête d'habitant passé de 385 dollars en 1970 à près de 5000 en 1987 ; un port Kaoshung devenu le troisième centre portuaire de la planète...et tout le reste à l'avenant. A l'image du Japon - le modèle qu'elle veut s'efforcer de suivre — Taïwan ne cesse de battre tous les records d'expansion.
     C'est bien simple : dernièrement dans un article très officiel, on pouvait lire à Taïpeh que « la République de Chine a crée un embarras de richesses ...au point qu'elle vient de prendre plusieurs mesures visant à réduire le déséquilibre de sa balance commerciale avec les Etats-Unis ». Un déséquilibre, faut-il le préciser, se manifestant par un trop fort excédent, supérieur à 10 milliards de dollars !
    Les. Formosans ont fait un geste en réévaluant l'an dernier leur monnaie, le yuan, de 40% par raport au dollar, et ce n'est pas une paille. Mais ajoutait le chroniqueur ;
« Malgré cette augmentation de 4O%, les effets ont été lents à se faire sentir et l'excédent commercial de la République de Chine a continué à augmenter, même si son taux de croissance a diminué ». Même si on envisage tout de même 7,5% en 1988.    
    On croit rêver quand il est, de, surcroit, précisé que si « les importations ont atteint 31,2 milliards de dollars, soit une augmentation de 42%, les exportations, elles, ont atteint 50 milliards de dollars, en augmentation de 33% ». On s'en doute, ce n'est évidemment pas demain que s'effacera de nos gadgets électroniques l'estampille fameuse « Made in Taïwan ». taiwan_photo_a.jpg
Comme si c'était Minorque...
    Bien plus que. des chiffres abstraits, c'est d'ailleurs une image très symbolique qui, à nous autres Français, peut expliquer Taïwan, et plus précisément Formose, cette ile de 36.179 km2... où se réfugièrent, en 1949, les troupes de Tchang Kaï Chek, taillées en pièces par celles de Mao. Quand les dirigeants du Kuomintang y proclamèrent la République chinoise, on en a forcément souri...
    C'était exactement — toutes proportions gardées vis à vis de l'immense Chine continentale représentant en superficie 264 fois Formose — comme si quelques brigades égarées de notre armée de Bourbaki avaient débarqué... non pas en Corse mais à Minorque pour prétendre y représenter la France ! Ça ne faisait effectivement pas très sérieux.
    Or aujourd'hui Taïwan — un peu plus grand que le Languedoc Roussillon mais moins vaste que Rhône-Alpes ou Midi-Pyrénées — compte plus de 19 millions d'habitants. Soit une densité de 536 habitants au km2, et malgré des massifs montagneux culminant à plus de 3500 mcètres écrasant une mince plaine littorale. C'est comme si le Languedoc-Roussillon était huit fois plus peuplé, comme si la France avait la population des Etats-Unis !
    N'insistons pas ! Le décalage est énorme et Willy Dimeglio, comme tous les Français revenant d'Extrême-Orient, garde les yeux tout écarquillés : « C'est une extraordinaire leçon de modestie pour nous autres qui, encore bien trop souvent, raisonnons comme si nous étions au centre de la planète. Nous nous apercevons mieux de l'impotance des enjeux qui nous sont fixés si nous voulons demeurer compétitifs, et des performances qu'il nous faudra encore accomplir ».  J.O.