Tunisie : Le Président Caid Essebsi n’a pas dit son dernier mot
28-08-2017
[Par Mourad Sellami - El Watan 26 août 2017]
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Ennahdha veut obliger Chahed à renoncer aux élections de 2019 
Les tractations du remaniement ministériel sont très serrées. Le parti islamiste Ennahdha pèse de tout son poids sur le chef de gouvernement Youssef Chahed afin de l’obliger à ne pas se présenter aux élections de 2019. Le Président Béji Caid Essebsi, seul acteur capable de contrer les islamistes, n’a pas abattu ses dernières cartes.

Les échos en provenance du Palais de Carthage laissent entendre que le Président Caid Essebsi est l’acteur principal du remaniement ministériel en cours, malgré le fait que son parti, Nidaa Tounes, soit en état de délabrement et divisé en plusieurs morceaux. Le Président garde en main la carte de continuer (ou non) de parrainer Ennahdha en tant que parti islamique civil, ayant des spécificités tunisiennes, tel qu’il l’avait fait à Washington avec le Président Obama. Atout important entre les mains de Caïd Essebsi dans un moment où le Congrès et le Sénat américains veulent adopter un arrêté considérant les Frères musulmans comme une organisation terroriste. Qu’Ennahdha fasse (ou non) partie des frérots est donc très important en ce moment précis, aux yeux de tout le monde.

Pressions islamistes

Les islamistes d’Ennahdha disposent de 69 sièges sur les 217 de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP). Leur poids est important dans tout vote requérant la majorité des 109 voix, surtout si l’on sait que les diverses oppositions farouches à la ligne du Président Béji Caïd Essebsi  peuvent réunir une quarantaine de députés. Donc, qu’Ennahdha soit du côté du gouvernement est très important pour le passage de ce remaniement et les islamistes en bien sont conscients. Ils veulent même monnayer leur soutien par certaines conditions politiques, puisque le chef du gouvernement, Youssef Chahed, ne fait pas partie de leur mouvement.

« Chahed ne doit pas tirer profit électoralement de son passage à la tête du gouvernement », pensent les Nahdhaouis, selon l’analyste politique Bassel Torjmane. D’où cette requête lui demandant de ne pas se présenter aux élections de 2019. « Chahed est déjà bien quotté et il dispose de plus de 80 % de sondages favorables, ce qui est du jamais vu durant les six dernières années, d’où les craintes d’Ennahdha », poursuit Torjmane, pour justifier les pressions d’Ennahdha, à l’aube de ce remaniement ministériel.

En face des islamistes, les autres acteurs sont divisés. Nidaa Tounes avait certes 86 voix à la sortie des urnes en Octobre 2014. Mais, aujourd’hui, son bloc parlementaire ne compte que 58 députés. Il y a deux autres bloc parlementaires, descendants de Nidaa Tounes : le bloc ‘Al Horra’ de Machrouaa Tounes avec 24 députés et le bloc nationaliste avec 8 députés. Ces trois blocs ne sont pas homogènes entre eux, notamment en ce qui concerne la relation avec Ennahdha. Al horra et le bloc nationaliste sont radicalement opposés aux islamistes d’Ennahdha et s’opposent à ce que ces derniers exploitent le prochain remaniement pour s’imposer davantage au sein du gouvernement. D’où la complexité de la tâche de Youssef Chahed, qui bénéficie du soutien de ces deux blocs.

Les noms

Pour ce qui est des places à pourvoir, huit départements seraient concernés par le remaniement selon les fuites. Il y a les trois postes vacants après la mise à l’écart, depuis le 30 Avril, du ministre de l’Education, Néji Jalloul et de la ministre des Finances, Lamia Zribi, ainsi que la récente démission de Fadhel Abdelkefi, ministre de la Coopération, Investissement et Développement. Il y aurait également les départements de l’Intérieur, des Transports, de la Santé, du Commerce ainsi que l’Industrie et l’Energie. Les propositions sont à moitié partisanes. Plusieurs technocrates tiennent aussi la corde. La possibilité que les titulaires des postes restent à leurs places demeure aussi plausible, faute de consensus. « Il est facile de démettre un ministre. Mais, il est plus difficile de lui trouver un remplaçant », pense le porte-parole de l’UGTT Sami Tahri.

Parmi les noms avancés, il y a l’actuel Secrétaire d’Etat à l’émigration,  Radhouane Ayara, pour suppléer Mejdoub à la tête du ministère de l’Intérieur. Il y a l’ex-ministre de l’Education (sous Ben Ali) et actuel directeur de l’Institut des Etudes stratégiques auprès de la présidence de la République, Hatem Ben Salem, pour réoccuper le ministère de l’Education. Il y a Hakim Ben Hamouda, l’ex-ministre des Finances (Sous Mehdi Jemaa) pour occuper soit le département des Finances ou du Commerce.

Il y a également Sarra Rejeb ou Hichem Ben Ahmed pour les Transports. La santé serait en ballottage entre Ahmed Meherzi et Riadh Moakhar, actuel ministre des collectivités locales. Le département de la Coopération, Investissement et Développement est convoité par plusieurs ministres ou anciens ministres : le Nahdhaoui Zied Laadhari (actuel ministre du Commerce et de l’Industrie), Slim Chaker (ancien ministre des Finances), Ridha Saidi (le Nahdhaoui, actuel conseiller économique du Chef du gouvernement) et la liste est encore longue. Plusieurs de ces mêmes noms sont proposés pour les départements du Commerce et de l’Industrie et de l’Energie. La question est donc loin d’être tranchée.