A Montpellier, le diktat est En Marche !
06-07-2017
[Par Clapas - Mediapart 3 juillet 2017]
montpellier_mediterranee_metropole.jpg





La création par Philippe Saurel, maire de Montpellier, d’un groupe « En Marche et apparentés » à la Métropole fait ressurgir des pratiques autoritaires et clientélistes que l’on croyait révolues. 
Simple avatar d’un « Jupiter » méridional, ou signe inquiétant d’une caporalisation à venir de LREM ? Ce qui se joue à Montpellier pourrait en tout cas avoir des conséquences importantes au plan national.

Philippe Saurel (divers gauche, ex PS) a annoncé le 19 juin la création d’un groupe politique "En marche et apparentés" au sein du conseil de métropole qu’il préside. Malgré de nombreuses mises en garde, le 26 juin il exige que ses vice-présidents adhèrent au groupe ou démissionnent. Ce diktat vient briser une gouvernance construite depuis 3 ans autour d’un « pacte de confiance des maires » et d’une collaboration entre vice-présidents de sensibilités différentes, qui travaillaient « en dehors de considérations partisanes et pour l’intérêt du territoire ». 7 Vice-Présidents (six maires et une 1ère adjointe) ont refusé de rejoindre le groupe « LREM et apparentés » et de se plier au chantage de son créateur. L’un d’entre eux (LR) a démissionné, les six autres (FI, PS, Div G ou sans étiquette) s’y refusent et remettent leur destitution au vote du conseil de Métropole, le 5 juillet. Les Vice-Présidents réfractaires en appellent au respect du vote de leurs électeurs, au maintien d’un pacte territorial jusque-là constructif, et critiquent la dérive autoritaire et risquée du Président. Certains, comme Isabelle Touzard (maire de Murviel, sans étiquette), invoquent même leur proximité avec les principes de En marche ! « qui ne peut cautionner une pratique qui exclut au lieu de rassembler, et renvoie aux logiques d’appareil tant décriées ».

Cette politisation brutale de la gouvernance d’une Métropole sous la bannière LREM apparaît d’autant plus surprenante que Philippe Saurel avait fait de son pacte territorial et du « dépassement des logiques partisanes », sa marque de fabrique. Interrogé par le nouveau media local Le d’Oc, François Delacroix, ex directeur de cabinet à l’agglo, y voit même « une rupture avec Georges Frêche » et « la porte ouverte à de nombreuses tensions ». Les Vice-présidents réfractaires représentent en effet plusieurs communes importantes, ce qui va bouleverser l’équilibre territorial de l’exécutif. Ils sont surtout reconnus pour leurs compétences et leurs actions dans les délégations qu’ils portaient : politique de la ville et cohésion sociale ; gestion du dossier complexe des déchets ; politique agricole et alimentaire reconnue au plan international ; succès de la mise en place de la régie publique de l’eau… Mais selon les propos de fonctionnaires de la métropole, un peu déboussolés, « l’allégeance remplace maintenant la compétence » et « l’intérêt du Président remplace celui du territoire ». On est ici bien loin des principes originels de LREM !

Une prise de risque qui pourrait compromettre l’avenir politique de Saurel


Philippe Saurel justifie sa décision par la nécessité de constituer un exécutif plus loyal et resserré autour de son projet politique. Principalement visé, René Revol, le maire (FI) de Grabels qui s’est opposé à la construction de la gare TGV « fantôme » de la Mogère. Celui-ci est surtout le suppléant de la nouvelle députée (FI) Muriel Ressiguier, qui vient de battre Stéphanie Jannin, l’une des deux candidates LREM imposées par Saurel à Montpellier, et par ailleurs aussi vice-Présidente de la Métropole. Mais par ses justifications, le Président de la Métropole assume de fait que la bannière LREM ne serait qu’un prétexte au profit d’un meilleur contrôle politique des élus. Les futures élections municipales et métropolitaines sont en effet déjà en ligne de mire. Sur Montpellier les résultats plutôt décevants des candidats saureliens traduisent la montée de contestations dans une ville jeune et marquée à gauche, tentée par la France Insoumise après avoir soutenu Saurel en 2014. Sur la Métropole les perspectives d’un suffrage direct par listes incitent à la constitution de groupes politiques et à une forme plus partisane de « gestion préélectorale ». Autre raison au coup de force de Saurel, la compétition pour le leadership local de LREM… alors que lui-même n’est pas adhérent. La direction nationale LREM ayant annoncé son projet de multiplier des groupes dans les assemblées des collectivités locales, il convenait pour Saurel de prendre les devants pour surfer sur la vague macroniste et éviter que d’autres élus portent ces initiatives.

Mais pour autant, le Président de la Métropole prend des risques importants. A court terme le vote du 5 juillet risque d’être plus serré que prévu car de nombreux élus, y compris dans son propre camp, sont troublés par le virage opéré, la démarche peu démocratique et la personnalisation croissante de la gouvernance. Signe fort, le maire de Montaud, adhérent En Marche! de la première heure et suppléant de la députée Coralie Dubost, responsable LREM pour l’Hérault, a décidé… de ne pas rejoindre le groupe LREM de la Métropole. De fait la contestation gronde au sein de LREM face au « hold-up » de Saurel et à ses jeux d’influence qui ont des relais locaux et nationaux importants. Mais à plus long terme le risque est peut-être encore plus grand. En constituant une équipe plus resserrée, il se coupe de maires qui étaient des alliés objectifs et influents, et fragilise ses services déjà sous tension. Au lieu de rassembler, il laisse le champ libre à l’organisation d’une opposition qui va pouvoir se nourrir des dossiers chauds en cours (ligne 5 du tramway, urbanisme, déchets, affaires judiciaires…) et de la contestation montante dans la population, de plus en plus critique vis-à-vis de pratiques autoritaires comme celles qu’il vient de prendre à la Métropole.

Le signe précurseur d’une caporalisation d’en Marche au niveau national ?


Philippe Saurel se plait à répéter que sa démarche politique, originellement en dehors des partis et ouverte à la société civile, a été précurseur du mouvement En Marche! Dans ce cas, l’évolution autoritaire en cours à Montpellier pourrait aussi annoncer celle de LREM au niveau national. Certains signes vont en effet dans ce sens : recours au gouvernement par ordonnances ; quasi hégémonie de LREM « et apparentés » aux postes de vice-Présidence à l’Assemblée Nationale ; mise en ordre et en consigne du mouvement dans le cadre d’un parti politique ; volonté d’implantation politique dans les assemblées des collectivités territoriales ; omniprésence et contrôle du jeu politique par un président « jupiterrien »… La caporalisation mise en scène par Philippe Saurel à Montpellier constituerait alors une forme d’expérimentation politique préfigurant une généralisation possible à l’échelle nationale.

Dans tous les cas le mouvement national « La République en Marche » va devoir se prononcer rapidement sur la constitution du groupe « LREM et apparentés » de la métropole de Montpellier : LREM va-t-il accepter, et donc cautionner, la démarche engagée par Philippe Saurel ? Dans ce cas Montpellier aura bien été le révélateur d’une dérive autoritaire plus générale pilotée par ceux qui considèrent « avoir réussi » et voudraient renforcer leur réussite et leur pouvoir dans le champ politique. Ou bien LREM va-t-il condamner clairement l’initiative Montpelliéraine d’un Président local aveuglé par le pouvoir ? C’est ce que souhaitent de nombreux adhérents, responsables locaux et élus du mouvement, qui restent attachés aux perspectives d’un renouvellement des personnes et des débats démocratiques que prétend insuffler En Marche!