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Et si on en parlait loyalement, sérieusement sereinement ?





AVANT - PROPOS
     
        L'immigration : en fait la présence d'une population étrangère et d'origine étrangère suscite depuis 20 ans débats et controverses. Loin d'être fructueux et de constituer un exercice normal dans une démocratie, ceux-ci sont souvent faussés par une méconnaissance des réalités. Les propositions sont décalées. Elles se limitent souvent à des déclarations de principe.

       Depuis 20 ans, les politiques d'intégration se succèdent, les rapports s'accumulent. Depuis 20 ans, on ne cesse de nous répéter "ce qu'il faut faire" ou ce "qu'il faudrait faire" pour maîtriser une immigration dont on annonçait l'arrêt définitif en 1974.
    Depuis 20 ans que ce dossier a pris de l'ampleur, générant tout à la fois exaspération, extrémisme et démission, la majorité des français a l'impression que la sémantique a servi de refuge à la politique.
  Assimilation, intégration, acculturation, multi-culturisme, droit à la différence, droit à l'indifférence, les mots s'entrechoquent dans un cafouillage dont l'action politique est la principale victime.
L'immigration est un des sujets sur lequel règne la plus grande confusion.
        - confusion des chiffres ;
        - confusion des mots ;
        - confusion des réalités culturelles et sociales ;
        - confusion des situations nationales.

    Aujourd'hui, le décalage est devenu effarant entre des "élites" qui dissertent sur le mélange des peuples, la genèse des nations ou les migrations planétaires, et des millions de gens qui sont aux prises avec les plus quotidiennes réalités et se sentent incompris, ignorés, délaissés.

    On ne peut impunément raconter à un peuple que la pluie ne mouille pas, tôt ou tard, il en vient à perdre confiance dans son élite et à fantasmer sur les évidences niées.

    Comment s'étonner que l'électorat s'impatiente et choisisse le vote protestataire ou l'abstention.

   Les problèmes que recouvrent l'immigration n'ont pas fini de faire des ravages. Il est urgent d'aborder ce dossier loyalement, sereinement, sérieusement.

    II importe d'abord de parler vrai, de parler juste et de voir clair .
                                                                            Willy DIMEGLIO

QUELQUES THEMES DE TRAVAIL
    L'immigré n'est pas un statut, on est citoyen ou étranger.
    L'immigration est en effet un état passager, à la différence des touristes ou des voyages d'affaires. Elle suppose une durée, un projet d'installation, même provisoire, et si cette installation se prolonge, une intégration, un enracinement se produit.

L'intégration
    Si l'on continue à parler après plusieurs générations d'immigrés, bien que les enfants aient acquis la nationalité de façon normale par le jus soli, c'est que l'intégration fonctionne mal et que l'on s'oriente vers une société plus éclatée à base de communautés fondées sur l'ethnicité.
  
     L'intégration n'est pas une démarche à sens unique. Ce n'est pas seulement le mouvement de ceux qui accueillent. Ce doit être aussi le mouvement de ceux qui demandent l'accueil. Il y a effort des deux côtés. On n'est pas intégré : on s'intègre.
   
    II est plus aisé d'intégrer les riches que les pauvres, les instruits que les incultes. Or l'immigration actuelle est une injection massive de pauvreté matérielle et culturelle. Les solidarités communautaires sont souvent la seule défense de ces gens démunis. On ne peut pas le leur reprocher. Raison de plus pour marquer très fortement l'objectif, et leur montrer que leurs enfants du moins, dans l'école et par elle, peuvent commencer l'aventure de l'intégration.

    On ne s'intègre à la société française que si l'on accepte quelque chose de très profond en elle : le souci de l'unité. On ne s'y intègre pas par "communauté" interposée.

L'intégration n'est pas essentiellement une question juridique. C'est une affaire de moeurs. La question n'est pas, en effet, de conduire les immigrés à prendre leur place dans une France réduite aux droits de l'homme : à ce compte, ils pourraient aussi bien devenir citoyen en Suisse. Pour qu'ils soient français en même temps que citoyens, il faut qu'ils prennent notre histoire au vol, partagent notre passé pour partager notre avenir. "Apprendre la démocratie" ne suffira pas. Il faut apprendre à entrer dans le "démos" français. Ce n'est pas la même chose et ce n'est pas aussi facile. Mais comment le leur apprendre si nous le désapprenons nous-mêmes ?

 
    Nous ne perfectionnerons pas notre démocratie en oubliant que nous avons une ligne à tracer qui ne se définit pas seulement par le mot de démocratie. Nous avons une industrie à moderniser, une économie d'Etat à démanteler, une éducation à refaire, des immigrés è assimiler, une exigence morale à retrouver. C'est en travaillant à tout cela que nous rendrons un sens à la vie publique, à l'engagement politique - et finalement à la démocratie.


Les facteurs d'exclusions
    Au cours de ces dernières années, nous avons perdu un temps précieux en confondant le symptôme ; la montée des idées et des forces de l'extrême droite avec la maladie que constitue une situation d'exclusion pour un nombre croissant de nos concitoyens, une société inégalitaire qui se forme sous nos yeux.

    Les trois grands fléaux que nous devons combattre :
            - l'exclusion à l'école,
            - l'exclusion dans le logement,
        - l'exclusion dans l'emploi et la formation

    Le phénomène de l'exclusion concerne certes les étrangers, les Beurs, les Harkis, mais aussi un nombre croissant de français.

    La politique globale de lutte contre les exclusions doit s'inscrire de plus en plus dans les règles du droit commun. Il faut faire disparaître les procédures spécifiques. L'intégration n'est pas l'assistance.

La politique des villes
    C'est en général dans les cités de la périphérie, dans les HLM, dans les quartiers délabrés des centres-villes , dans cette France en situation difficile, peuplée d'exclus, que s'est nourrie l'exaspération, à force d'impossible cohabitation entre communautés, de mal vivre dans un environnement délabré et d'incompréhension des privilèges.

10 QUESTIONS SUR 10 REFLEXIONS

    Identifiez les auteurs de ces phrases. Réponses à la fin des citations.

    1 - La révolution française a fait de notre nation, avant tout l'expression d'une volonté de vivre ensemble.
    La loi, dit l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, est l'expression de la volonté générale. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse.
    Cette conception de la nation a permis de faire coexister les particularismes dans un même statut juridique, celui du citoyen avec ses droits et ses devoirs.

    2 - Les intégrations successives des Belges, Italiens, Polonais, Espagnols, nous les devons à la force des valeurs républicaines, à notre conception laïque de l'Etat. Ces valeurs n'auraient pu cependant jouer ce râle, sans l'existence d'institutions comme l'école et la conscription, sans le rôle des églises, sans l'action des partis politiques et des syndicats.

    3 - Nous ne pourrons réussir l'intégration des étrangers qu'à condition de réussir celle des français exclus ou marginalisés. C'est contre toutes les exclusions que nous devons lutter. Celles qui frappent les français en situation difficile ne sont pas moins graves ou moins prioritaires que celles qui affectent des étrangers.

    4 - Le fait majeur est que la France n'est plus une terre d'immigration. Nous ne pouvons plus recevoir un flux massif et incontrôlé d'immigrés, sans que cela n'hypothèque gravement, d'abord l'équilibre social de la nation, ensuite les chances d'intégration des étrangers installés, enfin l'avenir même des nouvelles vagues d'arrivants, d'où qu'ils viennent

    5 - Nous sommes également à la veille, si nous n'y prenons garde, d'une nouvelle vague massive venant d'un Sud plus lointain, d'un Est plus incertain, et je le dis clairement : cette vague doit être endiguée, cela par tous les moyens qui soient à la fois raisonnables, efficaces, en conjuguant l'aide au tiers mande sous toutes ses formes et une maîtrise renforcée de nos frontières et de celles de la communauté européenne.

    6 - Dans les années 80, la pauvreté s'est installée durablement, le tissu social a continué à se déchirer. Les causes profondes ne résident pas dans l'immigration, mais dans les choix de gestion gui ont mis en place une France à "deux vitesses".

    7 - Le traitement social de la crise, pour généreux qu'il puisse paraître, a ossifié les inégalités. La baisse du niveau de vie, les formes de partage du travail, l'envahissement de la précarité, les petits boulots sont autant d'éléments structurants de la marginalité. La classe ouvrière a chèrement payé cette politique, sans que justice lui soit rendue.

    8 - Que l'application du jus soli à tous les enfants de l'immigration puisse poser un problème, à quoi bon le nier ? l'opinion comprend mal que l'on devienne français sans le demander, sans le savoir où même sans le vouloir, ,elle s'étonne que l'on puisse acquérir une seconde nationalité tout en conservant celle de ses parents, qu'il n'existe pas une obligation de choix entre plusieurs parties possible. Lorsque les téléspectateurs entendent un jeune Beur expliquer qu'il se considère comme français, mais qu'il a choisi de faire son service militaire en Algérie, alors ils sont véritablement indignés et cette réaction n'a rien à voir avec le racisme.

    9 - Facile de se déclarer anti-raciste quand on est médecin ou ingénieur dans ces quartiers préservés et sans contact avec les immigrés, mais il faut vivre la condition ouvrière, partager les mêmes cages d'escalier pour comprendre. Ce qui est baptisé très vite racisme est surtout le fruit de la peur, de l'ignorance des réalités, la peur de perdre son emploi, sa sécurité, sa culture, son identité nationale ; plus on est démuni, plus on est vulnérable.

    10 - "L'intégration implique un effort réciproque". Les populations maghrébines ne trouveront jamais en face d'elles une France musulmane prête à les accueillir. C'est dans une France française qu'elles devront conquérir leur place, et cela n'ira pas sans traumatismes, sans efforts et sans obligations. A la différence de la simple nationalité, la condition française se mérite et se gagne, pour les français comme pour les étrangers.

Réponses : 1 - Rocard 2 - Rocard 3 - Rocard 4 - Rocard 5 - Rocard 6 - Asenci (PC) 7 - Asenci 8 - De Closets 9 - Responsable CFDT Usinor Thionville 10 - Michel Hannoun

 EUROPE et MAGHREB

    L'Europe, et non seulement l'Europe méditerranéenne, doit s'intéresser au Maghreb.
    Les rapports actuels MAGHREB / EUROPE : insuffisance, asymétrie, déséquilibre, voilà leurs caractéristiques.
        L'importance des partenaires est inégale.
    - le P.I.B. des douze de la C.E.E. est environ 100 fois plus important que celui de tout le Maghreb,
    - il y a par ailleurs un état de dépendance total :
                * 66% du commerce extérieur du Maghreb se fait avec la C.E.E.,
                * 75% avec l'ensemble de l'Europe, * 80% avec le monde occidental,
                * 20% avec le reste du monde, * de l'autre côté, le Maghreb ne représente que 1 à 2% du commerce extérieur de la C.E.E.
                * les exportations de produits manufacturés de la C.E.E. vers le Maghreb sont en moyenne 7 fois plus importantes que celles du Maghreb vers la C.E.E.,
                * en 1986, le Maghreb a acheté pour 1,57 milliards d'écus de produits agricoles à l'Europe et il ne lui a vendu que 0,534 millions d'écus,
                * la dette extérieure des pays du Maghreb : 47 milliards de dollars ,
                * en 1988, seulement 5% des investissements européens allaient au Maghreb,
            * les 4 pays du Nord de la méditerranée (France, Italie, Espagne, Portugal) ont un Produit National Brut de l'ordre de 1.600 milliards de dollars,
                * les 3 pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) ont un P.N.B. de 90 milliards de dollars.
    Tout cela prouve l'interdépendance et le déséquilibre qui existent entre le Nord et le Sud de la méditerranée, une interdépendance qui se trouve renforcée par les liens sociaux qu'expliqué la présence, en Europe, d'environ 2 millions de maghrébins.
    Cette interdépendance fait que la sécurité et la prospérité de l'Europe ne peuvent s'accommoder de l'insécurité et du sous-développement de la région méditerranéenne méridionale.
    C'est à la faveur d'une paix réelle, d'un développement économique et social global dans cette région que l'Europe peut garantir sa sécurité, développer sa prospérité et son expansion économique.
    Le 17 février 1989, l'U.M.A. (Union du Maghreb Arabe) est née à Marrakech. Elle a été conçue comme un espace homogène dans lequel devrait être progressivement garantie une série de libertés fondamentales : libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux.
    Cet ensemble pourrait et devrait entretenir avec notre Communauté des relations multidimensionnelles fondées sur une communauté d'intérêt et un véritable dialogue de civilisation .
    L'Europe et le Maghreb ne peuvent pas, sans danger, continuer d'évoluer dans des directions divergentes. La première, en accentuant son développement, sa prospérité, et par voie de conséquence nécessaire, son expansion et sa domination, et le Maghreb, en continuant soit à faire du surplace, soit à évoluer à un rythme insuffisant, maintenant une très grande partie de sa population de plus en plus importante, de plus en plus jeune vu le taux de croissance démographique, dans le chômage et le besoin.
    La partie se gagnera ou se perdra sur le terrain économique et social et notamment dans le domaine de. la population et de l'emploi qui est le domaine central et qui résume tous les enjeux et tous les défis de l'avenir.

Faut-il accroître les aides en direction du Maghreb ?
    L'aide publique est déjà importante. Ce qu'il faut, c'est mieux l'affecter. Il faut une transparence. Il faut une aide par objectif.

Faut-il un plan Marshall ?
    L'image n'est pas adaptée. Le plan Marshall fut essentiellement une aide publique, une aide pour la reconstruction. Il ne s'agit pas ici de reconstruire mais de voir de quelles façons les flux financiers privés et les délocalisations industrielles peuvent aider au développement.
    C'est de l'intérêt strict des pays européens, notamment d'Europe du Sud, que de favoriser un développement de l'intégration économique méditerranéenne par les moyens de l'investissement et par la délocalisation des activités.
    Ce qui est important également, c'est l'accompagnement des investissements, c'est l'accompagnement juridique, les brevets, les marques de fabrique, la législation fiscale, douanière, la création peut-être de zones franches.
    II faut apprendre à dépasser le stade étatique, faire appel aux collectivités locales, aux organismes consulaires, aux universités. Il doit y avoir une mobilisation et une sensibilisation de l'opinion publique sur ce projet.

    II est temps que la C.E.E., d'une part, les pays du Maghreb de l'autre, définissent clairement leurs intentions, leurs assurances, leurs engagements et les moyens.
    Démocratie, transparence, liberté de circulation, respect des droits, doivent être désormais les fondements de nos politiques.



 

   
 
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