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Corée du Nord : la Chine dernier espoir avant la catastrophe Version imprimable
10-09-2017
[Par Antoine Izambard - Challenges 5 septembre 2017]
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Pour le général Vincent Desportes, ancien directeur de l'École de guerre, la gestion de la crise nord-coréenne par le président américain exacerbe les tensions entre les deux pays. 
La crise nord-coréenne a bel et bien atteint son paroxysme ce lundi 4 septembre. La Corée du nord ne "demande qu'une chose, la guerre", a accusé Washington, plaidant avec ses alliés pour des sanctions de l'ONU "les plus fortes possibles" après le 6e essai nucléaire de Pyongyang, mais la Chine et la Russie ont manifesté leurs réticences. "Trop c'est trop" et "seules les mesures les plus fortes possibles nous permettront de résoudre ce problème par la diplomatie", a déclaré l'ambassadrice américaine auprès des Nations Unies, Nikki Haley, lors d'une session du Conseil de sécurité convoquée en urgence, appelant à "cesser les demi-mesures". De son côté, le président russe Vladimir Poutine a jugé mardi "inutile et inefficace" le recours à de nouvelles sanctions contre Pyongyang, estimant que "s'engager dans une hystérie militaire" autour de la Corée du Nord "n'a aucun sens" et "peut mener à une catastrophe planétaire".

L'analyse du général Vincent Desportes, professeur associé à Sciences Po Paris et ancien directeur de l'École de guerre.

Les tensions entre Washington et Pyongyang n'ont jamais été aussi fortes qu'aujourd'hui. Comment situez-vous cette crise dans l'histoire récente?

Le dernier conflit de ce genre, c'est la crise des missiles de Cuba en octobre 1962. Cela fait donc un demi-siècle que le monde n'a pas connu de tension de ce niveau là. Et n'oublions pas que la crise cubaine s'était bien terminée. A l'époque, les États-Unis et la Russie, deux puissances nucléaires, avaient mis en place le téléphone rouge et trouvé des systèmes de modération et de dialogue direct. Ce n'est absolument pas le cas aujourd'hui où chaque jour qui passe renforce les velléités des deux parties

Les gestions de cette crise, à coups de tweets, par Donald Trump vous fait-elle craindre "une catastrophe" comme l'a rappelé Vladimir Poutine?

Effectivement, on peut se poser la question. Par rapport à 1962 tout est différent. A l'époque nous avions affaire à deux êtres parfaitement rationnels qui s'appelaient Khrouchtchev et Kennedy. Dans cette nouvelle crise, nous avons des dirigeants qui apparaissent comme nettement moins rationnels, notamment Trump. Le président américain est dans le réactionnel, dans l'émotionnel, alors que ce qui a permis de sauver le monde en 1962 était justement la stabilité émotionnelle de ceux qui étaient aux affaires. Quant à Kim Jong-un, rien ne permet d'affirmer qu'il est plus irrationnel que Trump. Il suit une démarche régulière, sans se laisser intimider.

Quel est le rapport de force militaire entre les deux pays?

Il est clair que Washington peut frapper la Corées du Nord avec des armes conventionnelles capables de détruire une grande partie des sites nucléaires nord-coréens. La difficulté est que Pyongyang peut agir en représailles et cibler la Corée du Sud. Seoul n'est qu'à une quarantaine de kilomètres de la ligne de démarcation et 10 à 15 millions de Sud-Coréens peuvent être attaqués par les bombardiers qui se situent au nord de la zone démilitarisée. Il est évident que les États-Unis peuvent faire beaucoup de mal à la Corée du Nord mais celle-ci peut également riposter. Il faut donc bien mesurer le coût d'une intervention américaine.

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Quel est l'état de l'industrie de défense nord-coréenne?

Leurs arsenaux conventionnels sont d'une génération très largement dépassée. Mais ils sont capables de détruire des cibles fixes. En terme de technologie nucléaire, beaucoup de gens pensent aujourd'hui, même si ce n'est pas encore certain, que des têtes thermonucléaires ont été suffisamment miniaturisées pour être emportées par des missiles balistiques. Elles pourraient dès aujourd'hui frapper la côte est des États-Unis avec San Francisco par exemple.

La France est assez silencieuse sur ce sujet. Peut-elle être amenée à jouer un rôle plus important aux côtés des États-Unis?

Les Français n'ont pas suffisamment conscience qu'un échange de tirs thermonucléaires serait extrêmement grave pour notre pays. Nous avons oublié la théorie de l'hiver nucléaire qui fait qu'au-delà de quatre ou cinq bombes nucléaires la Terre arrête de vivre à cause des nuages de poussières et des radiations. Cette crise concerne très directement les Français. Mais pour pouvoir faire entendre sa voix, il faut pouvoir agir. Il est clair que ni l'Europe, ni la France, n'ont les moyens d'agir. Le soft power ne fonctionne que si vous avez du hard power. Le seul pays qui puisse faire quelque chose de manière sérieuse, en dehors des États-Unis, c'est la Chine. Les sanctions contre Pyongyang ont été renforcées le 5 août dernier mais elles ne peuvent avoir un véritable effet qu'à partir du moment où la Chine participe aussi à l'embargo. Il faut notamment fermer la frontière entre la Corée du Nord et la Chine et agir sur les importations de pétrole. Tant que la Chine ne le fera pas, le régime nord-coréen peut survivre.

Les Etats-Unis ont annoncé, lundi, leur intention de présenter au Conseil de sécurité de l' ONU, un projet de résolution sur de nouvelles sanctions à l'encontre de Pyongyang. Les sanctions ont-elles un impact sur les ambitions nucléaires de la Corée du Nord ?

Les sanctions sont nécessaires pour afficher l’unité de la communauté internationale dans sa condamnation et tenter de ralentir ce programme. Cependant, à l’évidence, les sanctions seules sont insuffisantes pour contraindre la Corée du Nord à se dénucléariser. Encore une fois, la Chine est la clé. Si Pékin joue le jeu des sanctions, Pyongyang sera acculé. N'oublions pas que la Corée du Nord est la création du docteur Frankenstein qui s'appelle la Chine. Aujourd'hui l'objet malfaisant a échappé à son maître. Il n'est donc pas impossible que Pékin soit en train de voir comment il est possible de remplacer la dynastie des Kim pour la remplacer par quelque chose de plus neutre et de moins dangereux.

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