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Algérie : Boukrouh, l’homme qui dérange Version imprimable
09-09-2017
[Par Ali Boukhlef - El Watan 5 septembre 2017]
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Il multiplie les attaques contre le régime 
Verbe incisif, quolibets et attaques frontales ; depuis quelques mois, l’ancien ministre du Commerce et candidat à l’élection présidentielle de 1995, Noureddine Boukrouh, ne laisse personne indifférent.

Sur sa page Facebook ou dans les journaux, l’homme politique, doublé d’un redoutable polémiste, multiplie les publications. Des écrits qui semblent agacer au plus haut niveau de l’Etat. Des voix proches du système commencent même à faire monter les décibels qui pour répondre politiquement, qui pour menacer l’homme de poursuites judiciaires. Dans ses discours, le fondateur du Parti du renouveau algérien (PRA) s’en prend à la situation du pays où la maladie du président de la République paralyse les institutions de l’Etat. Il a interpellé, notamment, le conseiller et frère du chef de l’Etat après la polémique suscitée par l’image d’un Saïd Bouteflika riant en compagnie de Ali Haddad à El Alia. Boukrouh s’est également attardé sur la mise à l’écart de Abdelmadjid Tebboune et le retour de Ahmed Ouyahia aux affaires.

Mais de tous ses écrits, celui où l’ancien ministre du Commerce interpelle l’armée est celui qui semble avoir fait plus de mal. Dans un pamphlet intitulé «Une muette qui ne veut rien entendre», Noureddine Boukrouh indique que «l’Armée algérienne est devenue sous la chefferie du général Gaïd Salah l’armée du Président, lequel Président et ministre de la Défense nationale a changé la Constitution plusieurs fois durant ses quatre mandats pour en faire un habit sur mesure, un justaucorps qui lui colle à la peau comme l’habit porté par certains artistes ou sportifs».

Plus loin, l’homme politique, qui manie aussi bien le verbe en français qu’en arabe, s’interroge sur le sens à donner à la position d’Ahmed Gaïd Salah qui déclarait, il y a une semaine, que l’armée s’en tenait à ses «missions constitutionnelles».

«Quel sens peuvent revêtir des déclarations d’allégeance à la République quand cette allégeance ne va pas au ‘‘peuple souverain’’ mais à un homme invisible, inaudible et notoirement dépourvu de ses moyens physiques et intellectuels ?» interroge Boukrouh. Il reprochera au haut-commandement de l’armée de devenir «le bras armé et ponctuellement menaçant d’un régime moribond, d’un pays sans gouvernance et d’un Etat qui n’est plus gérant ou garant, mais tout simplement errant...».

Pour répondre à l’ancien ministre, l’armée a utilisé, dans un premier temps, des sources anonymes. Un officier supérieur qui a requis l’anonymat s’est exprimé dans les colonnes du journal arabophone El Bilad. Présenté comme un proche d’Ahmed Gaïd Salah, le responsable du ministère de la Défense a indiqué que «l’armée est en effet celle du Président qui est le chef suprême des forces armées».

«Des méthodes de voyous»

Hier encore, le secrétaire général du FLN s’est attaqué à l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 1995. Djamel Ould Abbès rappelle que les écrits du penseur font penser à ceux de l’été 1998 durant lequel le même auteur s’est distingué par des attaques contre le régime. Des attaques qui ont contribué à pousser l’ancien président, Liamine Zeroual, à démissionner. «Ce qui se dit actuellement nous rappelle les déclarations faites durant l’été 1998, notamment dans la presse. Il y a du copié-collé. Mais cela ne nous inquiète pas, cela me fait même rire. C’était avec Zeroual, mais celui qui ne connaît pas Bouteflika se trompe. Zeroual a démissionné après trois mois de déclarations. Certains veulent rééditer le scénario de 1998», a-t-il dit, cité par le site TSA. Mais les propos de Boukrouh sont tombés dans d’autres oreilles. Des sites internet, réputés être proches de la présidence de la République, ont même donné des informations selon lesquelles les impôts demanderaient à l’ancien président du PRA de «payer des arriérés» d’impôts qui se «chiffreraient» à des milliards. Il s’agirait, selon Algérie1, d’une société fondée par l’homme politique en 1995. La méthode est connue.

Contacté, Noureddine Boukrouh dit s’attendre à ce genre d’attaques. «Mes derniers écrits liés au changement de gouvernement dans des conditions jamais vues et sur l’attitude de l’armée et des anciens responsables militaires devant l’état atteint par le pays ont et vont déclencher des réactions violentes», a-t-il indiqué à El Watan. Il estime que les attaques vont se concentrer «non pas sur les idées», mais sur sa personne.

Cela se fera avec «des méthodes de voyous et de bandits qui ne pensent pas, n’écrivent pas, mais savent seulement soudoyer, corrompre, faire du chantage, monter des ‘‘dossiers’’ ou assassiner». «C’est tout ce qu’il y a en face, des voyous et des bandits qui utilisent les moyens de l’Etat tombés entre leurs mains pour faire peur, réprimer et enrayer la prise de conscience qui est en train de s’opérer dans l’esprit de larges couches d’Algériens à propos de leur avenir», fulmine-t-il encore.

Ce n’est pas la première fois que Noureddine Boukrouh crée la polémique. En 1988, l’homme s’était invité dans le débat public et avait fait sensation. Ce qu’il fera quelques années plus tard lorsqu’il accusera les militaires de «voleurs». Mais c’est surtout durant l’été 1998 que l’homme politique a croisé le fer avec le tout-puissant général Mohamed Betchine, alors ministre conseiller du président Liamine Zeroual. Les salves de Boukrouh ont même ouvert la porte à ce qui deviendra «le feuilleton de l’été 1998». Une saison durant laquelle des scandales à répétition seront révélés dans la presse. C’était loin d’être vain, puisque, en septembre, le président Zeroual annonçait sa démission et l’organisation d’une élection présidentielle anticipée.

 
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