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Algérie : le premier ministre déjà limogé au bout de trois mois Version imprimable
17-08-2017
[Par Le figaro.fr 16 août 2017]
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Nommé le 24 mai dernier, Abdelmajid Tebboune paie sa volonté de s'attaquer aux liens entre politique et milieux d'affaires.

Trois mois à peine après sa nomination, le premier ministre algérien Abdelmadjid Tebboune a été limogé mardi, sur fond de sourdes luttes de clans à la tête de l'État. «Le président de la République Abdelaziz Bouteflika a mis fin aux fonctions du premier ministre Abdelmadjid Tebboune et a nommé Ahmed Ouyahia», jusqu'ici chef de cabinet du chef de l'État, pour le remplacer, a précisé la présidence dans un communiqué.

Abdelmadjid Tebboune avait été nommé premier ministre le 24 mai
, dans la foulée d'élections législatives remportées par le Front de libération nationale (FLN), parti au pouvoir depuis l'indépendance de l'Algérie en 1962. À la surprise générale, il avait remplacé à la tête du gouvernement - dans lequel il était ministre de l'Habitat - Abdelmalek Sellal, considéré comme l'homme de confiance du chef de l'État, au pouvoir depuis 1999, et que la majorité des observateurs voyaient déjà reconduit.

Abdelmadjid Tebboune, 71 ans, laisse sa place à Ahmed Ouyahia, qui avait rang de ministre d'État et est considéré comme l'un des hommes forts du régime algérien
. Patron du Rassemblement national démocratique (RND), deuxième parti d'Algérie et allié crucial du FLN, Ahmed Ouyahia a déjà occupé trois fois le poste de premier ministre entre 1995 et 1998 (sous la présidence de Liamine Zeroual), puis de 2003 à 2006 et de 2008 à 2012.

«L'État c'est l'État et l'argent c'est l'argent»

«La vision du premier ministre ne cadrait pas avec la vision du président», explique une source gouvernementale sous couvert d'anonymat, faisant également état de problèmes de «communication» entre les deux hommes. Les médias privés algériens s'étaient largement fait l'écho ces derniers jours d'une «sévère» lettre de «recadrage» adressée par Abdelaziz Bouteflika à son premier ministre, critiquant notamment les récentes mesures limitant les importations de nombreux produits. Ces mesures, selon la presse, ont mis en colère des hommes d'affaires algériens, dont certains ont des liens avec le pouvoir.

Selon des observateurs, Abdelmadjid Tebboune paye son intention affichée de s'attaquer à ces liens entre certains hommes d'affaires et hauts responsables politiques. En présentant son programme, il avait promis une «séparation entre l'argent et le pouvoir» et affirmé: «L'État c'est l'État et l'argent c'est l'argent».

En juillet, le gouvernement avait adressé une série de mises en demeure à plusieurs grandes entreprises algériennes ou étrangères adjudicataires d'importants marchés publics d'infrastructure, jugeant les chantiers en retard et menaçant de résilier les contrats. Parmi ces entreprises figurait notamment l'Entreprise des travaux routiers, hydrauliques et bâtiments (ETHB), propriété d'Ali Haddad, puissant chef du Forum des chefs d'entreprise (FCE, l'organisation patronale algérienne) et ami revendiqué de Saïd Bouteflika, frère influent du chef de l'État. À la mi-juillet, le premier ministre avait publiquement infligé un camouflet à Ali Haddad en exigeant son départ d'une cérémonie à laquelle les deux hommes étaient invités. Cet épisode avait été largement relayé par la presse et avait alimenté la chronique plusieurs semaines.

«Tireurs de ficelle»


«Tebboune a essayé de toucher aux intérêts de certains oligarques qui appartiennent au clan présidentiel comme Ali Haddad (...) le patron des patrons», explique Rachid Tlemçani, enseignant en sciences politiques à Alger. Selon lui, «dans le cadre de la lutte des clans, le ‘groupe présidentiel', composé notamment de Saïd Bouteflika et du patron de la centrale syndicale UGTA (Union générale des travailleurs algériens, syndicat officiel) Abdelmadjid Sidi Saïd, a manifesté publiquement sa solidarité avec Haddad et mis au défi le premier ministre». «Tebboune a fait l'erreur de croire qu'il était protégé» par Bouteflika, explique l'universitaire Rachid Grim, qui s'interroge sur la présence d'«un ou plusieurs tireurs de ficelles derrière» le chef de l'État, diminué depuis un accident vasculaire cérébral en 2013, relançant les spéculations qui agitent l'Algérie depuis quatre ans sur la capacité de Bouteflika à gouverner.

Le nouveau premier ministre, Ahmed Ouyahia, 65 ans, est une figure majeure de la vie politique algérienne de ces vingt dernières années. Il a servi le président avec zèle, malgré des relations parfois compliquées. Il est surnommé en Algérie «M. Sale besogne», depuis qu'il s'est défini lui-même comme l'homme du «sale boulot» après avoir mené les austères réformes exigées par le Fonds monétaire international dans les années 90 durant la guerre civile.
 
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