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Béziers, Montpellier, Nîmes : trois modes de résistance face à la crise des commerces Version imprimable
05-02-2017
[Par Guillaume Mollaret - Le Figaro Economie 2 février 2017]
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Confrontées de plein fouet à la chute des activités commerciales, les municipalités tentent de revivifier leurs centres-villes. 

Après avoir touché le fond, Béziers part à la reconquête de son centre-ville. En 2015, le taux de vacance commerciale s'élevait à 24,4 %. Avec ce record national, les commerçants ont vu rouge. «La création de zones franches en périphérie a vidé le centre d'une clientèle libérale à fort pouvoir d'achat», explique Danièle Bresson, présidente d'une fédération locale de commerçants. Depuis, les Galeries Lafayette ont failli fermer. Cela aurait été une catastrophe pour Béziers.
Grâce à un coup de pouce de la ville, qui a racheté les locaux (5000 m2) pour les louer à un prix d'ami au repreneur, les Galeries sont toujours là, exploitées sous licence par un entrepreneur régional. «On n'est pas sauvés, mais la municipalité fait des choses bien en proposant des minutes de parking gratuites en centre-ville. Ce sera long, mais ce type de mesure nous permet de respirer, et, espérons-le, de sortir définitivement la tête de l'eau», soutient Danièle Bresson.

Si la situation de Béziers (Hérault) est exceptionnelle, elle est loin d'être une exception dans la région. À Nîmes (Gard), où la vacance est deux fois moindre, certaines artères, telle la rue Nationale, sont quasiment abandonnées. À l'exception d'un hôtel de charme et de quelques commerces de proximité, un décor de vitrines vides s'offre aux rares passants de cette artère du centre-ville, jadis très courue.

Au bout de la rue s'élève le centre commercial La Coupole, géré par Shopping Center Company. En ce jour de soldes, la galerie résonne davantage des baffles crachant une radio musicale que du pas des acheteurs. «Ça manque de flux», se désole Emmanuelle derrière sa caisse. Sa boutique n'a plus de voisin, pas plus que l'espace d'à côté qui demeure inoccupé… Seule la Fnac, présente sur deux étages, joue les aspirateurs à clients. Et ce n'est pas la foule des grands jours.

La Coupole est emblématique des problèmes rencontrés par les commerces de centre-ville. En 2015, le conseil municipal de Nîmes observait: «Depuis 2005, le chiffre d'affaires de la Coupole a baissé de 39 %, contre 18 % pour le reste du centre-ville, avec une chute brutale de 2012 à 2013.» La situation ne s'est guère améliorée. Aviva, propriétaire de la Coupole, s'est récemment lancé dans un plan de rénovation.

À l'instar de nombreuses villes françaises, l'activité commerciale du centre de Nîmes s'est déplacée vers des zones périphériques, plus faciles d'accès en voiture. De récents aménagements urbains ayant englouti 300 places de parkings, la chambre de commerce a entamé des négociations avec la Ville. «Il aurait été mieux d'en parler avant, mais nous sommes à présent dans le dialogue. Nous réfléchissons à des tarifs de parking adaptés», positive Audrey Carbo, commerçante en centre-ville et fraîchement élue vice-présidente de la CCI du Gard.
Selon elle, si 90 % des gens choisissent la périphérie pour son accessibilité, les commerces du centre doivent tenter d'inverser les flux. «Désigner les zones périphériques comme responsables, c'est se voiler la face. J'ai comme tout le monde des difficultés. Mais c'est à nous de nous réinventer, plaide celle qui tient un magasin à 300 mètres des arènes. Je crois que notre valeur ajoutée se trouve dans la proximité, la connaissance de notre clientèle. Si la Ville veut bien nous aider à trouver une solution pour une meilleure accessibilité, nous y arriverons.»

Dix ans de retard pour la rénovation du centre-ville

Dans la ville voisine de Montpellier (Hérault), distante d'une cinquantaine de kilomètres, même si la difficulté du commerce saute moins aux yeux, le centre souffre également. Ainsi, depuis la création voilà quelques années d'une zone commerciale périphérique contenant Ikea et Decathlon pour locomotives, certains commerces emblématiques ont baissé le rideau à l'instar de Virgin ou La Halle.

Sauramps, une des plus grandes librairies indépendantes de France, connaît des difficultés financières et cherche un repreneur. «Cette librairie est notre voisine. Sa disparition serait pour nous une très mauvaise nouvelle», confirme Pierre-Antoine Desplan, directeur général adjoint de Socri Reim, copropriétaire et gérant du centre commercial Polygone, abritant notamment les Galeries Lafayette.

S'il ne décrit pas la situation de la ville comme catastrophique, ce dirigeant la juge préoccupante. «Depuis 2012, nous avons enregistré une baisse du nombre de visiteurs, passé de 15 millions à 12 millions par an», détaille-t-il. Pour endiguer cette glissade, le propriétaire compte dès la fin de l'année entamer 40 millions d'euros de travaux. «Nous faisons notre part. Pour autant, nous ne devrons pas être seuls dans cette démarche, car nos études montrent que nous partageons 90 % de notre clientèle avec les boutiques du reste du centre-villeLa remarque semble avoir été entendue par Philippe Saurel, maire de Montpellier. «Pour des raisons diverses, la rénovation du centre-ville a dix ans de retard sur le développement de la périphérie, reconnaît l'élu. Nous avons inauguré l'an dernier une ligne de tramway qui fait une boucle autour du centre-ville. Nous opérons aussi d'importants réaménagements urbains et y installerons d'ici 2020 trois équipements culturels afin de le redynamiser

Preuve que certaines marques croient toujours en la capacité d'un centre-ville à se renouveler, Uniqlo ouvrira fin mars à Montpellier un magasin de 1500m2 avec à la clé la création de 80 emplois. Les locaux que l'enseigne de prêt-à-porter aménage étaient déserts depuis plus d'un an.

 

 

 
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