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Adieu les platanes du canal du Midi : un massacre paysager, pas touristique Version imprimable
20-08-2015
[Par Prisca Borrel - Midi Libre 20 août 2015]
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Nouveaux abattages le long du canal du Midi,
certes un massacre paysager, mais le bilan, côté tourisme, n'est pas si catastrophique. Etat des lieux.

Sur les bateaux de tourisme, les capitaines d'un jour flânant au fil de l'eau affichent un regard curieux. Voire… amusé. Le mardi 17 août, c'est à Puichéric, dans l'Aude, que démarrait la deuxième opération annuelle d'abattage des platanes malades. Tronçonneuses et trimmers ont repris le pouvoir sur les berges du canal du Midi, tandis qu'un brasier infernal consume encore les larges troncs fraîchement rasés. Pas de temps à perdre. Et surtout, pas question de transporter les arbres malades, au risque d'essaimer les miasmes du chancre coloré. Car c'est lui, le coupable !

Depuis 2006, ce maudit champignon fait la une des journaux deux fois par an au rythme des campagnes d'abattages de Voies Navigables de France (VNF). D'ici novembre, le canal comptera 2 200 arbres de moins. Et si ce chantier impressionne par son ampleur (lire ci-dessous), il ne semble pas entacher l'attrait du site, classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1996

"Les platanes, c'est presque accessoire" pour Dominique Ménage, les Bateaux du soleil

Tandis qu'un marin d'eau douce assène des coups de klaxon, un autre se met à héler les caméras de BFMTV, dans l'espoir d'entrevoir son teint halé à la télé dans les journaux du soir. Décidément, les badauds n'ont pas l'air perturbés par l'affaire.

Paysage détérioré

Pourtant, lorsque les premières saignées commençaient à dégarnir le canal, les entreprises greffées sur ses berges craignaient le pire. Dans l'Ouest héraultais, en 2013, la CCI de Béziers réalisait une enquête sondant les inquiétudes de 150 professionnels. 94 % d'entre eux estimaient que le paysage du canal s'en trouverait détérioré. Ils étaient aussi 86 % à penser que ces changements allaient réduire la fréquentation du canal, et 62 % à craindre un impact sur leur activité professionnelle.

Deux ans plus tard, qu'en est-il ? D'après Voies navigables de France, le scénario catastrophe n'a pas eu lieu. Jacques Noisette, responsable de la communication chez VNF, observe la moindre fluctuation des chiffres, année après année. Depuis près de cinq ans, l'activité était en légère baisse. "De l'ordre de 3 à 5 %, explique-t-il. L'année dernière, le trafic a diminué de 9 %. Mais c'était dû au mauvais temps. Et puis les chiffres nationaux le confirment : il y a une baisse de la fréquentation touristique en France." Rien de bien significatif d'après lui. D'autant plus que cette année, la fréquentation repartirait à la hausse. En moyenne, le canal accueille près de 2 000 passages de bateau par an du côté de Toulouse, entre 4 000 et 6 000 du côté de Carcassonne et un millier entre Argens-Minervois et Béziers.

Pas de désaffection

Pour les Bateaux du soleil, Dominique Ménage le confirme : "L'abattage est bien mieux géré niveau communication. Et puis, les gens viennent visiter le canal, les écluses, les ouvrages d'art… Les platanes, c'est presque accessoire. On explique aussi aux touristes qu'on replante des arbres. On travaille pour les générations futures." Pour les loueurs de bateau, le nerf de la guerre, c'est bien le chiffre d'affaires. Et là encore, personne ne se plaint. "En tant qu'enfant du pays, je suis catastrophé. Mais du point de vue des affaires, il en va tout autrement, assure Paul Pagès, propriétaire des Bateaux du Midi. Et quand les gens réservent ou lorsqu'ils rendent les clés du bateau, il n'est jamais question des platanes".

À titre personnel, les professionnels du canal prennent tout de même quelques initiatives. Paul Pagès s'est adapté à la disparition de la voûte de verdure qui servait aussi de parasol naturel. "J'ai fourni des ombrages pour éviter que les gens ne naviguent sous un soleil de plomb." De son côté, Éric Loison, loueur de vélo à Portiragnes, a décidé de positiver. "Je l'explique aux clients. Je leur dis que c'est une chance, qu'ils découvrent le canal dans son aspect originel. Au départ, au XVIIe siècle, il n'y avait pas d'arbres", souffle-t-il.

Un joyau longtemps négligé

Ce que craint davantage Alain de Vielder, responsable de la péniche-hôtel Durandal, c'est un défaut d'image. "Il faut arrêter le catastrophisme. Moi je suis confiant, le canal survivra, lâche l'hôtelier. Et puis cette crise a un mérite au fond… Elle a fait prendre conscience aux élus qu'ils étaient assis sur un joyau. Un joyau longtemps négligé."

Dix ans pour 42 000 arbres Mais il existe bien un risque auquel Alain de Vielder ne cesse de penser : celui d'un déclassement du site par l'Unesco. Car c'est non seulement l'ouvrage hydraulique, mais aussi la voûte de verdure qui ont joué en la faveur du canal du Midi dans les années 90.

Un spectre que Jacques Noisette balaie d'un revers de main : "L'Unesco est au courant de ce qu'on fait. Le canal serait menacé de déclassement si l'Etat ne faisait rien pour régler le problème. Mais ce n'est pas le cas."VNF se donne encore dix ans pour restaurer l'ensemble des 42 000 arbres bordant le canal. Et lui redonner sa fierté d'antan.


 
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